Genrée

Jusqu’à l’âge de 15 ans, je voulais être un garçon.

Quand je repense à mon adolescence, c’est la première chose à laquelle je pense. Je me souviens que mes copines ont commencé à se maquiller vers 11-12 ans, en douce, comme ça se fait à cet âge-là, et qu’elle parlait du jour où elles auraient leurs règles comme on parlerait d’un rite de passage massaï, avec un lion, une blessure mythique et une reconnaissance pleine de déférence de la part des adultes. Je n’ai pas commencé le maquillage avant mes 15 ans, et on va dire que jusqu’à mes 20 ans, je n’ai même pas compris comment ça fonctionnait. Un peu comme ma mère avec la souris de l’ordinateur (« mais arrête de la tenir comme si c’était une mygale ! »). Mes règles, je ne les attendais que parce que ça me rendrait enfin normale, comme les autres. Ma famille parlait de passage de Rubicon. Oui, « devenir une femme », ça se situait entre le rite initiatique tribal et un épisode de la Guerre des Gaules. Quand je les ai eues, j’étais tellement peu au courant que je n’ai pas compris, j’ai cru qu’il m’arrivait un truc terrible, que j’étais malade, que j’allais mourir. Je l’ai caché pendant deux jours. On ne peut pas dire que je n’étais pas informée sur le sujet. Mais j’étais dans le rejet total.

On peut difficilement trouver quelqu’un qui ait été plus que moi élevé dans des stéréotypes genrés, et je me suis construite dans cette incapacité à les intégrer.

J’étais une petite fille en rose. Des vêtements roses, des robes à smocks, des cheveux longs, très longs, des poupées, plein de poupées, de la danse classique en tutu rose. Je me souviens d’avoir rejeté le rose et les smocks en grandissant. Ma mère : « oh non, c’est arriver très tôt. Les smocks, tu les as rejetés dès le début. Et le rose, presque pareil. » Ça ne l’a pas empêché de m’habiller comme ça jusqu’à mes 8 ou 9 ans. Je rechignais, mais je me laissais faire. Je n’étais pas un garçon manqué. J’avais trouvé un dérivatif à mes contradictions : j’avais un grand frère. Lui aussi était un parfait stéréotype de genre, les chevaliers, les vaisseaux spatiaux, les flingues, les BD. Je rentrais dans sa chambre en son absence, volais ses comics, jouais avec ses Playmobil, détruisais ses constructions Lego (si je ne pouvais pas y jouer, lui non plus). Quand on me demandait ce que je voudrais être quand je grandirai, je répondais « danseuses étoile » et pensais « mon grand frère ». Je vivais par procuration.

Dans mes propres jeux, je construisais deux univers : quand je jouais avec des amies, il y avait des princesses, des fées, des sirènes, des familles, on jouait au papa et à la maman, je connaissais tous les codes par coeur. Quand je jouais seule, je construisais des histoires plus violentes, policiers, voleurs, kidnappeurs, j’étais journaliste ou agent-secret-comme-dans-la-télé, j’étais un agent de l’Agence Tout Risque. Je savais aussi à qui appartenaient ces codes. J’avais bien intégré les stéréotypes genrés, ce qu’on attendait de moi, et ce qu’on ne voulait pas de moi, et je savais que naviguer entre les deux, c’était mal, qu’il fallait garder le secret. Il faut aussi dire qu’à l’époque, je trouvais que le Capitaine Kirk et le Docteur spock faisaient un joli couple, et j’organisais des orgies lesbiennes pour mes Barbies. Pour mon identité sexuée comme sexuelle, je naviguais entre deux pôles. J’étais en porte-à-faux avec tout ce que l’on attendait de moi en tant que fille. Avec le temps, garder mes deux vies séparées est devenu difficile.

A 11 ans, j’ai réclamé des cheveux courts. « Oh oui, le carré, ça t’ira bien ». Non non, des cheveux courts. Courts ! Comme un garçon ! J’ai dû me battre pendant des mois avec ma mère pour l’obtenir. Chez le coiffeur, ils s’y sont mis à deux, pour essayer de me convaincre de ne pas le faire, pendant que ma mère commentait  le combat derrière, d’un air goguenard, « c’est une de ses lubies, vous n’y arriverez pas ». L’apprentie coiffeuse me montrait des hauteurs de cheveux aux épaules, aux oreilles, « tu ne veux pas plutôt qu’on coupe là ? Tu seras tellement jolie ». Je répondais d’un air agacé que je voulais des cheveux courts comme un garçon. Ils n’ont cédé que quand j’ai commencé à pleurer. « Oh bah ça te va drôlement bien, en fin de compte. »

Ca n’a pas changé grand-chose. En fait, ce fut même pire, par certains côtés. Je rentrais dans la puberté, et je me coupais les cheveux. Il y avait de quoi discuter avec moi sur le sujet. La seule personne qui a fait le lien entre les deux, c’est mon grand-père paternel : oh ça m’allait bien les cheveux court, j’étais très bien comme ça, et puis comme je n’étais pas encore formée, ça allait bien, ça me faisait un look androgyne. Mais évidemment, les vraies femmes, ce sont les femmes aux cheveux longs comme ma grand-mère. Oui oui, tout dans la même phrase. J’aurais été un garçon, on aurait parlé de castration psychologique. Bizarrement, l’équivalent n’existe pas chez les filles.

C’est ce jour-là que j’ai compris deux choses. Je n’étais pas une « vraie » femme, et ça tombait bien : je détestais ce que représentait être une femme.

Être une femme, c’était très limité. Il fallait être belle, je ne l’étais pas. Il fallait être formée, je ne l’ai été qu’à 14 ans quand toutes mes copines avaient des obus sous leurs pulls dès 13, voire 12 ans. Il fallait aimer les trucs de filles, j’avais passer mon enfance à les détester. Il fallait avoir un instinct de fille, développer un savoir féminin « inné » (se maquiller, comprendre les garçons, marcher d’une certaine manière…), quand le seul truc inné chez moi, c’était de dissimuler ce que j’aimais. Il fallait rêver de se marier et d’avoir des enfants, « oh oui, j’en veux SIX », peut-être que si je dis que j’en veux plein, je donnerais l’impression que c’est le VRAI RÊVE DE MA VIE. Il fallait accepter d’avoir un boulot moins bien payé que les hommes (et croyez-moi, les filles des années 90 de ma province pourrie avaient intégré la notion comme tout à fait normale, puisque de toute façon, elles auraient un mari qui serait bien payé pour deux : le salaire d’appoint, c’est une notion bien implantée dans l’imaginaire collectif). Il fallait trouver normal les pubs de femmes nues, les réflexions misogynes ou paternalistes permanentes, les mains aux fesses dans le tram,…

Mon adolescence, c’est la période du grand replis. Si je ne suis pas une fille — et tout prouve que je ne suis pas une fille — et que je ne peux pas être un garçon, alors je ne serais rien. J’ai adopté le look androgyne, pantalon T-shirt, ne ressembler à rien, à aucun code. J’ai commencé à détester mon corps, et à me détester moi, pour n’être pas normale.

A quinze ans, j’ai pris le chemin inverse, je voulais enfin être normale, je voulais arrêter de me détester, je voulais que les autres arrêtent de me regarder comme la fille bizarre au fond de la classe. J’ai voulu me conformer à ce qu’on attendait de moi depuis 15 ans. Si quelqu’un avait tort dans cette bataille, c’était forcément moi. J’ai essayé l’hypersexualisation, les robes, le maquillage, le comportement « féminisé ». Ca c’est arrêté très vite. Quand j’ai subis des attouchements sexuels (et peut-être un viol, je n’en sais rien, j’ai refoulé la moitié de ce qui s’est passé cette nuit-là). J’ai mis dix-sept ans à me dire que je ne l’avais pas cherché. Et même encore aujourd’hui, que je sais vraiment que je ne l’avais pas cherché, il y a toujours cette voix dans un coin de ma tête qui me dit « mais si, bien sûr que si, tu avais le comportement de celle qui cherche ». Parce qu’être une femme, c’est chercher les emmerdes. C’est un des codes qu’on apprend quand on est une petite-fille.

***

Aujourd’hui, je suis tombée sur le petit manuel de l’anti-gender, celui que la Manif pour tous distribue à ses petits soldats en rose et bleu, pour qu’ils sachent répondre aux journalistes (quand on parle à la place de ton cerveau, gars, inquiète-toi !). Comme tous les discours d’extrême-droite, c’est un manuel de langue de bois pour tordre les les phrases de manière à dire les horreurs que l’on pense tout en faisant croire que c’est l’adversaire qui pense ces horreurs. Mais leur auteur n’est pas si doué (outres des fautes de langue à se jeter par la fenêtre) : c’est maladroit au mieux, et clairement psychanalytique. Ils arrivent à dire ce qu’ils pensent inconsciemment à travers leurs tournures tordues.

Une phrase en particulier, m’a frappée :

« Déconstruire les stéréotypes pour éviter à un enfant d’être conditionné, c’est comme si vous supprimiez l’alimentation d’un enfant de peur de l’empoisonner. »

La comparaison à la nourriture, quand on sait combien les troubles alimentaires graves chez les filles (dont moi) se sont multipliés de façon dramatiques depuis 30 ans, est fascinante. Mais là où c’est vraiment extraordinaire, c’est la reconnaissance implicite que les stéréotypes sont un poison, et qu’il faudrait faire avec parce que de toute façon, ils sont le carburant de notre personnalité.

Oui, les stéréotypes sont un poison. Le problème n’est pas tant qu’ils conditionnent les enfants mais qu’ils détruisent ce qu’ils sont, leur personnalité propre. Personne ne ressemble naturellement aux stéréotypes, mais tout le monde essaye de s’y conformer, non pas parce qu’on y trouve un moyen de nourir notre personnalité, mais parce qu’on pense y trouver le moyen de ressembler à ce que la société attend de nous pour être normal. Les stéréotypes sont un poison pour les enfants, comme pour les adultes qu’ils deviennent en grandissant, mais surtout un poison pour la société.

Le pire, c’est que les tenants de ce genre d’idées anti-gender ne se rendent même pas compte qu’ils sont en contradiction avec eux-mêmes et que leurs enfants vont en souffrir, parce qu’ils seront incapables de concilier le cadre stéréotypé qu’on leur aura inculqué et le comportement de leurs parents : parce qu’après tout, si ils expliquent qu’il faut respecter la différence entre « valeurs féminines  (maternité, sensibilité, attention à l’autre,…) » et « valeurs masculines (compétition, risque,…) », que font toutes ces femmes (et ces enfants !) dans les manifs, où elles prennent le risque d’affronter des policiers et des gazs lacrymogènes ? Que font toutes ces femmes à la tête de ces mouvements politisés (Frigide Bardot, Elizabeth Bourges,…), la politique étant un summum de compétitivité ? Comment expliquer que toutes ces femmes qui sont dans la sensibilité, la maternité, nient le droit d’autres personnes à avoir des enfants, à se marier, ou comment des femmes qui sont dans « l’attention à l’autre », laissent se développer les slogans racistes contre Taubira ?

Ca devrait me faire rire que les anti-gender poussent leurs contradictions jusque-là, mais ça ne m’amuse pas de savoir que leurs enfants seront plus déchirés que les autres entre leur rapport aux stéréotypes, et la complexité de la réalité.

***

Les stéréotypes de genre sont un poison. Un poison dont personnellement, je ne me remettrai jamais. Je ne me suis pas construite en fonction de ce que j’aurais pu être, mais par rapport aux stéréotypes avec lesquels j’ai bataillé toute ma vie. Je suis devenue féministe pour essayer d’apporter une réponse à ces contradictions et c’est la seule chose positive que j’en ai retiré ! Mais pour le reste, je suis un champ de bataille, et personne n’a gagné, sauf la dépression. Je suis dépourvue de la moindre estime personnelle, et de la moindre conviction dans mes capacités, parce qu’enfant, j’ai appris que je n’étais pas capable d’atteindre les objectifs fixés. C’est ça le poison de l’éducation genrée.

Je pense toujours qu’être un garçon, c’est mieux, non pas parce qu’il y aurait quelque chose de particulièrement génial à être un homme (bof), mais simplement parce que les garçons se construisent avec un horizon de possibles plus ouvert. Ils ne sont pas préservés des stéréotypes, loin s’en faut, mais les limites qu’on leur pose sont moins rigides. Et bien évidemment, cette vision un peu idyllique que je me suis construite de la vie des petits garçons est… totalement fausse ! Elle est, elle aussi, le fruit des stéréotypes qu’on m’a inculqués enfant. Se libérer à l’âge adulte des constructions mentales que l’on a forgées enfant est quasiment impossible. C’est ça, le poison de l’éducation genrée.

Je n’en veux pas à mes parents de m’avoir donné une éducation genrée (d’autant plus que la société a contribué à égalité). Ils ont été élevés comme ça, par des parents qui eux-mêmes, n’étaient pas toujours très progressistes (pour les parents de mon père, c’est un sacré euphémisme), même si ma grand-mère maternelle était elle-même bourrée de contradictions visibles sur le sujet (elle refusait de m’enseigner le crochet, son métier !, parce que c’était pas des trucs pour les femmes modernes). Mais je leur en veux de ne pas m’avoir écoutée, de ne pas avoir vu à quel point j’étais mal à l’aise avec cette éducation normée. De ne pas avoir vu que j’étais une enfant profondément malheureuse de ne pas réussir à ressembler à ce que l’on attendait de moi.

Le problème derrière la défense des stéréotypes de genre, c’est qu’elle oublie l’essentiel : l’enfant n’est pas une boite vide qu’il faut remplir. Il a une personnalité innée, que les stéréotypes acquis ne font que nier. C’est ça, le poison de l’éducation genrée.

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Démons & Merveilles : revue du web

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Via le FB de Georges Takei

– Un article de Newsweek sur le déclin de la France : superbe de bêtise néo-aristocratique et d’auto-satisfaction nouveau riche anglo-saxonne — mais pas vraiment celle de l’Angleterre qui galère. La France vue de la Rive Gauche, par une anglaise qui achète son demi-litre de lait 4$ dans les cuisines de Maxim’s, se plaint que la vie est dure depuis un appartement avec vue sur les Jardins du Luxembourg, n’a pas bien bien compris la rééducation du périnée (oooo myyyy…) et croit que la France était brain-drain suite à la Révocation de l’Edit de Nantes (on ne lui expliquera pas le XVIIIe, les Lumières, les philosophes, Rousseau, Voltaire, Diderot, D’Alembert, Lavoisier, toussa toussa : elle pourrait être gravement ébranlée de découvrir la vérité). Réactions ici, et .

Wounded Knee 1890-1973 en photos noir & blanc : superbe, et étrangement sobre en même temps.

– Christophe Barbier, fan de la censure Chinoise, c’est trop beau pour ne pas en (re)profiter :

– Un site de « dessin » complètement addictif et relaxant. Ne dites pas pfff ! avant d’avoir essayer, vous me direz merci après. En prime, ma version de la libellule : allez, c’est cadeau 🙂

Statistiques de fin d’année 2013 sur la France. Deux-trois trucs trucs surprenants : 2% d’hommes étudiants, contre 13% de femmes, les hommes plus concernés par la menace étrangère, etc.

– L’Odieux Connard, plus fin dans ce post politique que dans les autres (oui, politiquement, il est souvent d’aussi mauvaise foi que dans ses spoilers ciné). Néanmoins, il faudra qu’il s’enlève les morceaux de bacon qu’il porte sur les yeux en ce qui concerne la facilité des physiciens à faire accepter la science : sans même prendre la peine de lui expliquer l’emprise des créationnistes, j’aimerais lui faire découvrir les Bogdanov et la qualité d’emmerdement maximum qu’il procurent aux scientifiques français. Ne parlons même pas du champs des sciences humaines, miné par tout ce que le pouvoir médiatique compte de demeurés über-glamours.

– Lapsus formidablement révélateur de Bernard Kouchner : entre le Centrafrique et la Françafrique, non vraiment, on chipote. Le bon vieux temps des colonies, jamais loin, jamais fini :

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Médias-justice

Je ne suis pas entièrement d’accord avec Julien Salingue :

« On peut apprécier Taubira, certaines de ses prises de position, son franc-parler (parfois), sa plume (souvent). Mais comment oublier qu’elle est l’une des pièces essentielles du gouvernement actuel, dont le ministre de l’Intérieur est Valls, avec qui Taubira a même partagé une tribune lors d’un meeting du PS « contre le racisme » ? La légitimité de Taubira, et des autres, pour dénoncer l’antisémitisme de Dieudonné est proche de zéro. Ces braves gens feraient mieux de se taire que de contribuer à faire passer ce sinistre personnage pour un héraut de la lutte contre le « système ». »

Pas entièrement d’accord sur le droit de Taubira en temps que membre du gouvernement de s’exprimer sur l’antisémitisme, de Dieudonné ou d’un autre. Après tout, c’est quand même un peu ce qu’on demande à un ministre de la justice de rappeler que toutes les formes de racismes sont hors-la-loi.

Par contre, c’est vrai qu’il y a un énorme problème, en tant que membre du « système » fantasmé par Dieudonné et ses ouailles, à venir se dresser contre lui et à renforcer son discours qui n’en demandait pas tant. C’est en lui donnant ce genre de visibilité que son fantasme prend enfin corps. Comme le Golem, c’est la parole qui donne forme au Mal. C’est l’acte d’effacer la parole qui l’arrête. Parler ne peut que renforcer la position de Dieudonné. Taubira, contrairement au reste des Français, a bien d’autres moyen d’action, pour lutter contre lui. Taubira — contrairement à Valls, qui parle pour ne rien dire, puisqu’il n’a aucun droit d’interdire le moyen de réunion, à moins de prendre au mot Christophe Barbier, et d’instaurer une politique à la chinoise — Taubira a en effet les moyens de lutter contre Dieudonné, et surtout ses « résultats ».

Lutter contre la quenelle, oui, quenelle par quenelle, photo antisémite par photo antisémite, oui. Mais surtout lutter contre ceux qui les laisse fleurir librement. Il serait temps que la justice s’occupe, pour ne prendre que cet exemple, non pas des cons qui postent des horreurs sur Facebook, mais de Facebook même qui refuse de les sanctionner, qui refuse de prendre en compte les signalements. La liberté d’expression à l’américaine N’EXISTE PAS en France. On est et on doit être responsable de ses actes, de ses paroles, de ses positions. Et comme c’est Facebook qui autorise la publication de ces photos, c’est Facebook qui doit être tenu pour responsable. Facebook, Twitter et tous les sites qui autorisent complaisamment la publications des photos de quenelles devant les synagogues, des sketchs antisémites de Dieudonné ou même des appels au meurtre des handicapés de Soral.

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Capture par un fan d’Humour de Droite

Mais habiller l’épouvantail Dieudonné avec les habits de la princesse pour le mettre en Une de tous les journaux, pour qu’il puisse étendre son emprise encore plus profond, c’est non seulement une connerie en matière de communication, mais c’est une gestion déplorable de la justice. C’est indigne de Taubira, et c’est indigne d’un ministre de la Justice. On ne fait pas la justice par les médias. Les médias ne sont pas un levier pour soulever le monde, le secouer pour en faire tomber une pluie de petits fascistes et les glisser sous le tapis. N’importe quel communicant sait que les médias sont, en toutes occasions, une circonstance aggravante.

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Critique film : La Religieuse, de Guillaume Nicloux

Suzanne (Pauline Etienne), seize ans, une jeune fille de la bourgeoisie du XVIIIe siècle regarde ses sœurs aînées se marier, bien dotées, et attend que vienne son tour. Comme presque toutes les jeunes filles, elle est éduquée au couvent et sort rarement de son cloître, même si son impatience de revenir enfin à la vraie vie ne cesse de croître. Lorsque ses parents lui font alors savoir, par l’intermédiaire du prêtre de la famille, qu’ils souhaitent qu’elle prenne le voile, définitivement. Contrainte et forcée, cajolée par sa mère supérieure, violentée par le chantage affectif de sa mère qui lui fait valoir qu’elle est une bâtarde et qu’elle doit expier son crime par le sacrifice de son enfant, elle finit par prononcer ses vœux. Mais la mère supérieure, secouée par l’idée qu’elle a pu obliger Suzanne à sacrifier sa vie à une vocation qu’elle n’a pas, se tue, et une nouvelle mère supérieure (Louise Bourgoin) est instituée.

C’est le moment que choisit enfin Suzanne pour se battre enfin, et préparer un mémoire pour renoncer à ses vœux. Lorsque la mère supérieur l’apprend, le calvaire de Suzanne commence…

La Religieuse est l’adaptation du roman de Diderot.

J’ai un avis mitigé sur ce film. C’est un bon film, ça, aucun doute. D’ailleurs toutes les critiques que j’en ai lu était élogieuses, une amie au goût sûr me l’avait recommandé. Et pourtant, c’était pas gagné : Guillaume Nicloux, + Louise Bourgoin : où sont la corde, le cyanure et le pic à glace à me glisser dans l’œil ? Louise Bourgoin… ben Louise Bourgoin, quoi, et Guillaume Nicloux, le réalisateur du Concile de Pierre, le suicide de mon cerveau après dix minutes de films, et le sommeil salutaire après quelque chose comme 25 minutes. Et j’ai pourtant une grande capacité de résistance à la vue des plus grands navets, je me suis fait Prometheus pendant l’été pour le prouver.

Donc vraiment, la Religieuse est une excellente surprise. Et je peux trouver plein de compliments à faire à ce film.

D’abord, une façon saine de filmer un film d’époque, par exemple, en ne le traitant justement pas comme un film d’époque, en n’accentuant pas l’aspect meringué que le XVIIIe siècle à toujours dans les films. Bien sûr, Nicloux est aidé en cela par le fait que le film se passe principalement dans les murs des couvents (il y en a 2 dans le films), plutôt que dans le XVIIIe à perruques. La lourdeur de la reconstitution est celle de la vie religieuse plutôt que celle d’une époque révolue et surannée (ce qu’elle n’était pas, mais qui est la seule image que le cinéma en montre), avec des costumes de religieuses ÉNORMES (et à mon avis, très accentués par la costumière). Et lorsque le film s’échappe du cloître, il propose un XVIIe très terre-à-terre, des couleurs sombres (plusieurs scènes dans des pièces éclairées à la bougie, ou obscures, genre chapelle), des costumes aux couleurs tout aussi atténuées (le macaron Coppola ? oubliez), et quand il y a de la lumière, elle est blanche et froide, qui découpe des angles très nets. Il y a vraiment une impression de réalisme, sans en faire trop non plus ; mais si moi je l’ai vu, on va dire que c’est quand même bien bien assumé. J’aime les films d’époque, en costumes, et j’adore le XVIIIe, mais c’est un peu une bouffée d’oxygène de voir enfin ce genre de vision du XVIIIe au cinéma.

Il y a aussi le jeu des acteurs. Même si j’ai quelques réserves ici et là, globalement, c’est vraiment un bon cru. Je suis généralement totalement imperméable à Isabelle Huppert, c’est une constante, mais je l’ai trouvé très bien dans ce film. Elle arrive à dépasser son aura de Grande Actrice (et honnêtement, pfff, ça faisait longtemps qu’il y en avait besoin). Et puis merde, j’ai ressenti de l’émotion s’échapper d’elle. Pour moi, Huppert, c’est plutôt un iceberg, je ne comprends jamais ce qu’elle essaie de faire passer dans son jeu. Dans ce film, elle est un fil tendu, comme une corde de violon trop serrée : l’émotion affleure régulièrement, avec stridence, et violence psychologique. Je vous jure, une gageure : j’ai été prise par son jeu. En même temps, il faut dire qu’elle interprète un rôle sur mesure pour les explosions émotionnelles : une mère supérieure qui agresse sexuellement ses nonnettes, tout en vivant ses besoins sexuels comme des extases/épreuves envoyées par Dieu.

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Louise Bourgoin est surprenante d’autant plus qu’on lui a donné le rôle le plus ingrat du film. Caricatural chez Diderot, il l’est sûrement encore plus chez Nicloux : elle interprète une mère supérieure sadique, dont les nuances sont pour ainsi dire absentes. Du coup, j’ai eu tendance à prêter plus attention aux subtilités de son jeu (oui, my godz, Louis Bourgoin qui joue d’autre chose que de sa voix gouailleuse et de sa plastique. Ce film est la preuve qu’elle connaît ses faiblesses, et qu’elle essaye de les sabrer à la hache. Bon point pour son karma.). Et très franchement, elle réussi à faire passer des émotions qui n’ont tout simplement pas été prévues dans le rôle. C’est léger, frémissant et très rare. On a presque l’impression qu’elle les a fait passer en fraude. Il y a une scène qui est peut-être celle du film qui m’a le plus touchée où elle convoque Suzanne après avoir découvert que celle-ci veut dénoncer ses vœux : elle laisse passer une fragilité qui est tout le cœur de son personnage d’extrémiste religieuse. Une incompréhension à comprendre qu’on puisse vouloir sortir de religion qui la dépasse tellement qu’elle pourrait se briser. Ne cligner pas des yeux, vous risqueriez de rater ce tremblement. Et ce serait vraiment dommage.

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Et enfin Pauline Etienne, la petite Suzanne. Excellente actrice, aucun doute. Mais… Mais. Le problème quand on prend une actrice qui au naturel ressemble à un petit chat mouillé qui crit grâce, qu’on lui fait jouer la portée de petits chats mouillés qui se font éventrer vivants et qu’en plus, on la glisse dans un costume qui réduit son visage à un triangle étroit, ce qui accentue les expressions naturelles, ou plutôt détruit la subtilité de l’expression, ben on obtient une actrice dont on a l’impression qu’elle surjoue le malheur dans tout le film. Et c’est bien dommage. Parce qu’on finit par être agacer, alors même qu’elle joue bien. Ajoutez-y une caractérisation du personnage assez ratée, et on obtient un personnage principal dont on a fait le tour très vite.

Le problème de la caractérisation de Suzanne est vraiment important. Le personnage se veut profond, alors qu’il ne l’est pas. La jeu de l’actrice peut être profond, il l’est souvent, mais cela ne sauve pas le personnage. Suzanne est fragile mais résiste. Elle est dedans, elle veut sortir. C’est comme un personnage en carton dans un théâtre de papier : j’ai deux faces, une noir une blanche, je les tourne, hop hop, elles font bien illusion, mais ce n’est pas une personnalité. Pourquoi est-elle forte ? Pourquoi est-elle fragile ? Quel est son rapport au monde ? Veut-elle se marier, veut-elle la liberté ? S’est-elle construite par rapport à ses parents, dans son affrontement avec eux, ou dans la recherche de leur amour ? Comment comprendre qu’elle accepte de céder au chantage de sa mère qui veut l’enterrer vivante, alors qu’elle vient de refuser quelques jours plus tôt de prendre le voile, si on n’a pas construit sa relation à sa mère. Le boulet de canon que sa mère lui envoie dans la figure (elle est née d’un adultère) sert plus à anesthésier le spectateur et à lui faire accepter la décision de Suzanne, elle-même sidérée, qu’à approfondir le personnage. Dans le roman, ce détail est avancé comme hypothèse dès la deuxième page, pour expliquer la détestation de Suzanne par son père, qui a un doute sur sa paternité. Aussi quand la révélation est faite pour de bon dans la fameuse scène que l’on retrouve dans du film, ce n’est pas le pivot de la scène. Le pivot de la scène est la dénonciation des manipulations psychologiques que les familles du XVIIIe exerçaient sur leurs enfants (filles et garçons, mais bien plus les filles).

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On a l’impression très nette qu’il n’ont pas approfondi le personnage, parce qu’il lui arrive par ailleurs tellement de malheur qui’il fallait sacrifier l’un à l’autre : Suzanne se laisse porter par les événements. Il est à cet égard très significatif que les meilleures scènes du film soient en rapport avec les rares moments où Suzanne devient actrice, plutôt que victime de sa vie :

– La première fois qu’elle doit prononcer ses vœux et que face à l’obligation de faire serment de ne pas mentir à Dieu, elle décide de refuser, devant tout le public : on voit la construction d’un vrai débat intérieur du personnage, et surtout, de son rapport à Dieu qui est quand même l’un des piliers de ce film (peut-elle rester croyante après les épreuves que sa prise de voile forcée représente ?). Le film avait présenté une première déclaration de foi d’une bêtise absolue en début de film, dont le manque de crédibilité était une entrave à la compréhension de Suzanne : une déclaration d’une adolescente de seize s’exprimant comme une môme de 10 ans récitant son catéchisme « j’aime Jésus, c’est lui que je veux pour mari. » Mais dans la scène de refus de vœux, la prise de pouvoir de Suzanne définit son refus du voile comme son rapport à ce qu’elle doit à Dieu, c’est à dire une honnêteté dérangeante et scandaleuse, mais signe d’une foi fervente.

– Lorsqu’elle vole un encrier et du papier pour commencer à écrire un mémoire pour être entendue hors du couvent. Le film, comme le livre, est d’ailleurs sensé être ce récit écrit. Le passage est très fort : elle se lève la nuit pour aller en douce à l’économat et dans sa hâte (la violence de son désir à vouloir s’échapper ?), elle brise un encrier, ce qui entraînera la découverte de son vol. Cette scène donne lieu à plusieurs autres scènes où on la voit écrire fébrilement par terre, ainsi qu’à une scène d’humiliation publique dont je vais reparler. Le problème c’est que si ce passage du film est celui où le personnage de Suzanne est le plus crédible, c’est aussi celui où il est le plus hors caractère : la Suzanne du reste du film n’est ni rusée et manipulatrice (voler, écrire en cachette) ni fébrile. Le lien entre ces deux facettes de sa personnalité n’est pas fait.

Mais de toute façon, cette excursion hors caractère est cassée immédiatement par le réalisateur par une scène hallucinante où la mère supérieure (Louise Bourgoin) punit Suzanne d’avoir volé ces objets par une humiliation qui consiste à la mettre entièrement nue. La scène est choquante parce que gratuite (d’un point de vue religieux, le procédé ne s’explique pas. Mais les humiliations que subit Suzanne sont très mal reliées à l’extrémisme religieux. Elles devraient être un chemin de croix pour ramener la brebis dans le troupeau, elle sont juste gratuites, comme le port de chambre qui lui est renversé dessus pendant qu’elle nettoie le sol), mais surtout parce qu’elle redescend Suzanne de son statut soudain d’actrice à celui de super-victime. Elle subit l’humiliation suprême que puisse imaginer un réalisateur/scénariste masculin : la mise à nue, la réduction à une image sexualisée et objectivée, et au glauque accentuée par le fait que le film — et c’est assez rare pour être noté — a rajeuni le personnage de Suzanne. Elle a seize dix-sept ans à ce moment-là ; dans le livre, elle en a presque 20 ans (le livre se passe sur un laps de temps plus long, elle a 16 ans au début, 20 au moment de son transfert hors du couvent où elle est torturée. D’ailleurs tout l’aspect limite pédophile de la fin du film avec Huppert est absent du livre. Suzanne est agressée sexuellement par sa supérieure, mais c’est déjà une adulte). Le film jette brutalement en pâture le personne de Suzanne mis à nu non pas à la figure de sa tortionnaire, car ce genre d’humiliation par l’objectification sexuelle n’est pas vraiment une technique féminine, mais au spectateur, ce qui crée une mise en abîme de la victimisation de Suzanne qui ne sert pas le propos, mais un besoin malsain du réalisateur d’aller au bout d’un espèce de fantasme de la torture (je n’ai pas souvenir que dans le livre Suzanne soit laissée dans ses souillures). L’actrice, c’est bien le moins, a eu la possibilité de faire passer un peu de dignité dans cette scène (ça semble improvisé) : alors qu’elle est violemment défaite de ses différentes couches de vêtements par des mains étrangères, elle devance celles qui se sont posées sur sa chemise (la dernière couche) et l’enlève elle-même. C’est tout ce à quoi on aura droit, en temps que spectateur, pour ne pas se sentir complètement pris au piège du voyeurisme de Nicloux.

Nonne

***

A quel point l’adaptation d’un livre doit-elle être fidèle à ce livre ? C’est une question récurrente que je me pose sans pouvoir apporter de réponse, et je pense que La Religieuse n’aidera pas plus. Je suis convaincue que n’importe qui y verra une adaptation parfaite, parce que l’histoire, les événements sont très fidèles au livre ; je suis d’avis que cette adaptation est une trahison, car tout l’esprit de Diderot en a disparu. Diderot n’avait pas seulement écrit un livre profondément anti-clérical, mais aussi un livre proto-féministe. C’est un livre qui n’expose pas seulement l’idée que les femmes doivent disposer de leur vie, de leur liberté de choisir, mais le fait à travers une héroïne qui prend son destin en main, qui est constamment en lutte pour imposer sa conception, et dans le livre elle en a une assez définir, de ce que doit être sa vie. Et pour ce faire, Diderot a aussi construit la motivation de son héroïne comme une conception très forte et très novatrice de la liberté. Ce n’est pas pour rien que l’on dit que des philosophes comme Diderot ont été le ferment des idées de la Révolution : il y a les prémices chez Suzanne d’une vision de le liberté qui préfigure, à sa façon, le « vivre libre et mourir ». Dans le film, elle ne veut pas vivre une vie de nonne sans vocation, elle veut juste vivre « la vraie vie ». Le mot « liberté », je ne crois pas l’avoir entendu une seule fois dans le film. Sous prétexte de ne pas la rendre trop moderne, Nicloux a oublié qu’elle ÉTAIT incroyablement moderne à son époque. Elle l’était d’autant plus qu’elle était inspirée d’un cas réel d’une religieuse qui s’était vu refuser le droit de rompre des vœux forcés. D’une certaine façon, le livre était une tentative de réhabilitation de cette échec, une victoire virtuelle offerte à cette vraie religieuse.

Autre point important du livre, et qui explique aussi pourquoi j’ai tant de mal avec la caractérisation du personnage du film, Suzanne est un personnage incroyablement complexe. Elle est d’abord un mensonge : le livre était au départ une sale blague jouée par Diderot et des amis à un marquis de leur connaissance qui se morfondait en Province. Pour le ramener à Paris, il lui inventèrent une « juste cause » : sauver le soldat la religieuse Suzanne. La blague tourna court, on lui fit croire qu’elle était morte après qu’il se soit trop pris au jeu. Suzanne est à cet égard créée pour manipuler le bon cœur de cet homme, son récit doit faire pleurer dans les chaumières, mais il n’est pas sûr qu’elle soit alors un narrateur fiable et que l’étendu de son calvaire soit si important. Dès le début, en effet, elle se présente sous un éclairage particulièrement mélioratif, comme une jeune fille si brillante qu’elle surpasse l’intelligence et la beauté de ses sœurs et parents, mais qui, dans un acte de bonté d’âme jusqu’au-boutiste, se fait passer pour une enfant idiote par respect pour ses sœurs. Elle ne fait pas d’économie d’auto-promotion dans le livre. On est souvent partagé entre l’envie de la croire, et l’impossibilité de passer outre l’ambiguité d’un récit qui est sa dernière chance de sortir de ce qui n’est rien d’autre qu’une prison. En ça aussi, l’aspect manipulateur, enjôleur, « communicant », elle est très moderne. Et mature. Suzanne est une femme qui a compris les mécanisme à la limite du malsain du maonde dans le quel elle évolue, et qui sait en joué, sans pour autant perdre la rectitude moral de son désir de liberté. La religieuse de Nicloux est une gosse qui ne gagne sa maturité qu’à sa libération.

Dernière trahison, et, c’est un avis personnel, la plus stupide : le traitement de la famille. Diderot établit une critique particulièrement féroce de la famille, qui est une métaphore de la société. Les parents de Suzanne sont des monstres, qui la haïssent pour leur propres erreurs et les lui font payer au lieu de les assumer eux-mêmes, qui la traitent comme un objet, un meuble, dont ils peuvent faire ce qu’ils veulent, parce qu’elle est une fille, parce qu’elle est leur enfant, parce qu’ils le peuvent. Ils s’attaquent au plus faible (elle est leur plus jeune fille, et la seule qui ne tuerait justement pas père et mère pour assurer son avenir, la plus naïve et le plus malléable) et sont d’une lâcheté à toute épreuve (comme dans le film, c’est par le prêtre de famille qu’elle apprend que ses parents la condamnent à la vie au couvent et qu’elle est la bâtarde de sa mère). La famille selon Diderot, et selon une philosophie très courante au XVIIIe, est une métaphore du fonctionnement de la France. Le Roi est le père de son peuple, il leur droit protection et subsistance, il doit les traiter avec amour, et son peuple lui rend pour cela amour et respect. En décrivant un père indigne et haineux qui déshérite sa fille par des constructions financières légales (Diderot mentionne des fidéicommis, par exemple), une mère adultère qui fait payer son crime à la première victime du crime (l’enfant et non le mari trompé), des sœurs qui disputeraient à celle élevée avec elle, dont elles ignorent le « crime », jusqu’à la plus petite bouchée de pain, Diderot fait une métaphore assez classique, mais très violente d’une société en déliquescence, qui a perdu le lien familial primordial qui la tenant en place. Les sœurs qui sont deux, sont bien sûr les ordres de la noblesse et du clergé, qui ne remplissent plus leur rôle auprès du dernier ordre, le plus fragile. Le père est le roi (Louis XV pas Louis XVI) qui a perdu de vue ses devoirs pour ne plus jouir que de son pouvoir (première mouture du roman en 1760). La mère représente sans doute aussi bien la monarchie, que le gouvernement, ou même simplement la charité humaine : la multiplicité des interprétations que l’on peut faire sur la symbolique du lien mère-fille est sans fin.

Là où Nicloux a eu tort de ne pas assez insister sur cette métaphore, c’est parce qu’elle peut être encore aujourd’hui le miroir des sociétés en crise. La France et l’idée de l’Etat-providence qui ne fonctionne plus (ou pas), ou tout un tas d’autres références. Mais aussi (surtout) le printemps arabe, des Etats qui ont tous trahi leurs peuples et des peuples qui revendiquent leur liberté dans un environnement dont la transposition dans l’univers étouffant de la religion catholique est plus qu’évident. Je pense que c’était en effet un des miroirs qu’a voulu créé Nicloux, mais cela ne fonctionne qu’à moitié, car il n’a joué qu’à moitié la métaphore de Diderot. Non, à ce sujet-là, Nicloux ne pouvait pas et n’aurait pas dû faire l’économie d’un philosophe beaucoup plus doué que lui.

***

Oui je sais : quand on la lit en entier, cette critique a plutôt l’air d’un assassinat en règle du film. Et ben pas du tout : je l’ai dit, c’est un bon film. S’il ne l’était pas, je n’aurait pas pu en tirer une critique aussi longue et aussi fournie. Mais je regrette qu’un bon film ait par ailleurs des faiblesse qu’ils avaient les moyens d’éviter (la caractérisation du personnage de Suzanne, une image parfois trop caricaturale).

Mon principal reproche étant d’avoir raté l’adaptation de Diderot, bien qu’ils aient réussi l’adaptation de l’histoire, je dois préciser que je compte sur les doigts d’une main les films qui réussissent ce difficile exercice (je suis naturellement très critique sur les adaptations de romans).

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Classé dans film, XVIIIème siècle

Post-coloniale connerie

Great Good, Sweet Noodle… nooooon ?!

La meilleure façon d’en finir avec notre histoire coloniale était de « décoloniser les esprits » des Occidentaux et des peuples colonisés, en gommant l’idée archaïque d’une domination naturelle des « Blancs » sur les autres. Cette décolonisation est, nous semble-t-il, depuis longtemps achevée.

Je ne sais pas dans quel pays bisounours ce monsieur croit vivre, mais il faut qu’il arrête le chichon. Tout de suite. Car c’est en train de lui embouillasser le cerveau. Et sévèrement.

Sans doute ce monsieur est-il le seul homme de France n’a-t-il pas suivi l’Affaire de l’expo Camus à Avignon, ou celle de « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire« , ou la célébration de Bigeard, tortionnaire d’Indochine et d’Algérie,, ou le revival de Sansnouscesmétèquesvivraientencoredanslaboue car « [le colonisateur] a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir », ou la tentative de loi des pauvres pieds-noirs victimes de crimes contre l’humanité, ou les civilisations qui ne sont pas toutes égales.

Bien sûr, les Français ne réclament pas un oubli pur et simple de leurs exactions historiques.

Non, c’est vrai, ils demandent qu’on les remercie. Pour les routes, les hôpitaux, la torture,…

le tournant des colonial studies, très bien assimilé dans les pays anglo-saxons (notamment en ce qui concerne l’histoire de l’Inde britannique), s’est vite heurté au dogmatisme et à l’engagement politique des penseurs, et surtout des journalistes français. Au pays des droits de l’homme, il fallait rester envers et contre tout les défenseurs de l’opprimé.

Monsieur s’étonne que l’on n’arrive pas à dépasser les post-coloniales studies en France, contrairement aux anglo-saxons. En même temps, il faut dire que l’on a 10 ans de retard sur le sujet par rapport à nos petits camarades.  Faudrait peut-être arrêter de s’étonner sur des évidences. Et si on a 10 ans de retard, c’est bien parce que l’esprit colonial français n’est pas encore bien mort. Les anglais ont bien assimilé la fin de l’Inde britannique ? En même temps, va trouver aujourd’hui un anglais pour t’expliquer que l’Inde devrait être encore anglaise ? Par contre des tenants de l’Algérie française, ça se ramasse à la pelle.

Et il faudrait aussi essayer de penser deux minutes en terme d’histoire et de géopolitique au lieu de se prendre pour la doublure lumière de Guéant : toutes les colonies ne se ressemblent pas. La situation de l’Inde n’est jamais été comparable à celle de l’Algérie. S’il fallait faire un rapprochement pourri, ce serait plutôt avec l’Indochine. Et l’ex-Indochine, elle s’en sort relativement bien, de son divorce avec la France. Mais c’est quoi, alors la différence entre l’Indochine et l’Algérie (mais on pourrait aussi parler de la Nouvelle Calédonie) ? La différence, c’est que l’Algérie n’était pas une simple colonie, c’était un département français. Pour beaucoup de français, ce fut, et c’est toujours, un démembrement du pays impardonnable. Et pour beaucoup d’Algériens, c’est aussi le souvenir d’avoir été des sous-citoyens français avec tous les devoirs comme celui de servir de chair à canon, mais sans avoir aucun des droits, et en particulier pas celui d’être vraiment français.

S’excuser des crimes de la France, ce n’est pas se repentir et prendre le parti des opprimés, c’est dire : « C’est nous. C’est nous qui l’avons fait. » C’est simplement prendre ses responsabilités.

Prenons deux minutes pour comprendre le camp d’en face (celui de monsieur Bisounours). Il faut savoir ce que prétendent faire les « anti-repentance ». Il faut comprendre. Il faut le lire, ce bien trop célèbre discours de Dakar de Sarko :

Entre le Sénégal et la France, l’histoire a tissé les liens d’une amitié que nul ne peut défaire. Cette amitié est forte et sincère. C’est pour cela que j’ai souhaité adresser, de Dakar, le salut fraternel de la France à l’Afrique toute entière.

Et les mecs, la France et le Sénégal, c’est des amis depuis la nuit des temps ! Quoi, vous n’avez pas compris qu’il va vous parler de colonisation ? C’est pourtant évident avec une intro pareille, non ? Non.

Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s’efface pas.

Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.

Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité toute entière.

Hum okay. Mais qui a commis ses crimes ?

Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.

« Les générations passées », donc. Mais les ancêtres de qui ? Ben de qui vous voulez. Il vient parler au nom de la France à priori, mais il parle finalement au nom d’une génération passée sans nom, sans nationalité, sans visage. Cela pourrait être les anglais. Ce sont peut-être les arabes, dont les adversaires de la « repentance » aiment à dire que la traite négrière, « c’est eux, c’est eux ». (Sans blague. Ou comment faire du vomi avec les faits historiques. Oui la traite négrière, les arabes en ont fait. Mais comme le plus gros consommateur d’esclaves c’était l’Occident, on a beaucoup plus traité.) Oh mais attendez ! C’est pas grave, puisque les enfants ne sont pas responsables des crimes de leurs parents. Oh pardon, c’est vrai. On rase tous les mémorials de la Shoah en Allemagne, il n’y a plus besoin, les Allemands d’aujourd’hui n’ont pas à payer pour les crimes de leurs parents… Ni même à la connaître, en fait.

Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.

Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance.

Oh tiens, la France, enfin mentionnée. C’est la première fois depuis tout à l’heure. Et la France, alors ? Et ben, elle souffre, la France, comme l’Afrique. Tout pareil. Oui, oui, vous lisez bien, la France souffre de la colonisation au même titre que l’Afrique. C’est de l’alchimie, ça, ou je ne m’y connais pas.

Je suis venu, jeunes d’Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.

L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s’est entretué en Afrique au moins autant qu’en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. […] Ils ont désenchanté l’Afrique.

Ils ont eu tort.

Mais qui donc a fait souffrir l’Afrique et cette brave France ? L’Européen. Je rappelle qu’on est à Dakar, Sénagal. L’Européen en question s’appelle Jean-François, pas Carlos, Jonathan ou Siegfried. Mais il va nous le préciser, Sarko ?

Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.

Ah ben non, finalement. Vous remarquerez que la « colonisé » est tout aussi facilement dépouillé de son identité. Ce n’est plus un Africain (ou un Maghrebin, ou un Indochinois). C’est un concept.

Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs.

Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c’étaient les esprits, c’étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine.

Le colonisateur avait plein de rêves dans la tête : civiliser (vous êtes des sauvages), libérer (grâce à l’indigénat, l’homme jaune ou noir, dont on apprenait à l’école qu’il était inférieur physiquement et intellectuellement à l’homme blanc, était libéré, hourra !), « briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition » (briser des cultures centenaires pour imposer la sienne), aimer (qui aime bien châtie bien…).

Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.

La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l’estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.

La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur.

La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l’Europe et le destin de l’Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes.

Et la France n’oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.

Donc voilà, l’Europe a fauté, la France a retenu le désir de liberté africain. C’est beau. La France n’a rien fait directement. C’est pas moi,c’est mon chef. Je ne faisait que suivre le groupe, obéir aux ordres, sauter de la falaise avec les autres moutons de Panurge. On est à un tiers du Discours, la France n’a été citée que 4 fois en tout. L’Europe et les européens tout autant (le mot « français » n’apparaît pas. Le français, lui, n’a rien fait…). Ce que Sarko retient alors de la colonisation c’est que :

la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’Occident mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne.

Même pas un petit peu. L’Africain a été européannisé, on est tout fier qu’il le soit toujours (pour qui cherche une définition du racisme…), et il n’y a RIEN d’indigne là dedans.

A ce moment-là, le discours prend une autre direction : « Le problème de l’Afrique » (je sais mieux que vous), « La réalité de l’Afrique » (je sais toujours mieux que vous), et « la France sera à vos côtés » (nous sommes tes amis bamboula, et comme on sait mieux que toi, ferme ta gueule et écoute). Non mais sans blague. A ce moment-là, je rappelle que flotte un silence de mort dans l’assistance africaine. On se demande bien pourquoi. Dans ce dernier quart du discours, la France est cité 22 fois.

Résumons, donc. Pour passer le cap des post-colonial studies, il faut aller expliquer aux anciens colonisés que les colonies, c’est la faute de cette salope d’Europe, mais que la France, elle,  n’était pas vraiment actrice de la colonisation, elle l’a vécu, comme l’Afrique et du coup, elle ressent la souffrance des anciennes colonies comme la sienne. Il faut leur expliquer que nous savons mieux qu’eux ce qui est bon pour eux (allez vous amusez à suivre le discours actuel sur le « printemps arabes » : oh les cons, ils ont ratés leurs révolutions, on va leur expliquer ce que c’est, parce que nous on sait tout.), et que ce qu’on a leur offrir, c’est notre aide généreuse (car sans nous, ils ne pourraient pas s’en sortir). Laissez-moi vous rafraichir la mémoire :

La meilleure façon d’en finir avec notre histoire coloniale était de « décoloniser les esprits » des Occidentaux et des peuples colonisés, en gommant l’idée archaïque d’une domination naturelle des « Blancs » sur les autres. Cette décolonisation est, nous semble-t-il, depuis longtemps achevée.

Si on pouvait décoloniser la connerie archaïque de l’homo colonisiatus…

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Classé dans racisme haine et préjugés

Moi, Gérard, 63 ans, apatride fiscal (c’est toujours mieux que réfugié politique)

gerard

Moi je te comprends, Gérard. C’est vrai quoi, dans ce pays on ne respecte plus rien. Ni les intermittents du spectacle qui triment comme des malades avec 3 boulots, deux enfants et des impôts, ni les toxicomanes dealers d’héro qui ne font du mal qu’à eux-mêmes. On ne respecte plus le droit à la différence des grandes fortunes soutiens des dictateurs. La France devrait avoir honte. Elle a honte.

Parce que la vérité vois-tu, c’est que tout le monde aimerait avoir ce droit à la différence : avoir le droit d’avoir un hôtel particulier de 50 millions d’euros et de se plaindre, avoir le droit d’avoir les moyens de payer ses impôts et avoir les moyens de ne pas le faire. N’importe quel célibataire au RSA, plafonné à 474,93 € par mois aimerait avoir le droit, lui aussi, de crier son droit à la différence et de ne pas avoir à payer les 125 € obligatoires de redevance, dont une partie servira à financer la création cinéma du service public qui servira à financer des films dans lesquels tu joueras, pour lesquels tu seras payer plus d’1 000 000 € sur lequel tu revendiqueras le droit de ne pas payer d’impôts. Parce que c’est vrai, faire payer des impôts aux riches, c’est vraiment inadmissible. Les assistés, c’est normal, faut rendre des comptes, et puis z’ont qu’à pas avoir la télé, mais les gens qui créent, les artistes, les footballeurs, la jet set, ça non franchement, c’est dégueulasse. C’est ça, le communisme. Tu as raison, Gérard, quitte l’URSS avant qu’il ne soit trop tard.

Je veux te dire tout le respect que j’ai pour ta démarche : c’est courageux de rendre le passeport de l’une des seules nationalités au monde que l’on ne peut PAS perdre quand on a la chance d’y être né. C’est un geste d’autant plus fort et malin que sans nationalité, on ne peut pas en prendre une autre : bravo Gérard, les Belges non plus ne pourront pas t’écraser d’impôts. Bravo aussi pour ton renoncement à la Sécu, cette saloperie gauchiste. En même temps, comme elle ne t’a jamais servi, même pas pour ton grave accident de moto et tes 40 jours d’hospitalisation en 98 ou ton quintuple pontage coronarien en 2000, tous deux sobrement mis sur le compte de ton caractère excessif par Wikipedia, tu ne peux que te réjouir d’être débarrassé de ce poids énorme qui pesait sur ton bulletin de paie. Et comme tu es un homme droit, Gérard, je suis sûre qu’à chaque fois que tu avais la grippe ou la chiasse, tu appelais la Sécurité Sociale de ton quartier, et tu leur disais, non non ne rembourser pas mon Tamiflu, je ne veux pas grever le trou et ses pauvres cons que tu avais au bout du fil qui devaient te répondre, mais c’est pas possible de renoncer à la Sécu, M’sieur Depardieu, ça marche pas comme ça en France. Salopards d’anarcho-syndicalistes…

Je veux te dire que cet appel à ton amour de l’histoire de France me va droit au coeur. J’en ai des frissons à des endroits du corps dont j’ignorais même l’existence. Ayant repris des études d’histoire, je suis particulièrement sensible à un tel cri du coeur : c’est bien vrai que participer à des film historiques, c’était ton « devoir ». C’est ça qu’on demande à un artiste, remplir un devoir qui ressemble fort à une oeuvre nationaliste : montrer son amour de la belle et grande histoire de France. Et expliquer à la jeune génération que le jumeau de Louis XIV a exercé un règne d’amour et de justice inconditionnel depuis un château de Versailles pas encore construit pendant que sa mère se tapait D’Artagnan, et que des tableaux de Louis XV à 60 ans hantaient les murs, c’est grave pédagogique. ‘Tain, le Masque de Fer, on devrait en faire un objet d’étude. Il y manquait juste un peu de Clovis, mais ça je te le pardonne, parce que tu as fait les Gaulois avec Obélix. Mais l’important, c’est que ton amour de l’histoire parle à nos amis Casali, Sevillia, et aussi à notre bon Prince déchu, qui ont tous des rapports très sains à l’histoire.

Je veux te dire à quel point c’est la classe d’utiliser la mémoire de ton fils qui ne pouvait pas te blairer et qui est mort d’une maladie terrible, pour justifier ton droit à ne pas payer d’impôts au peuple qui a fait de toi l’acteur riche et célèbre que tu es. Je te suis parfaitement sur ce sujet : la justice est trop « minable ». Condamner un jeune homme de 17 ans, « tout gosse », à 3 ans de prison dont il ne fera que la moitié pour usage, importation et trafic d’héroïne, quand d’autres gosses de quartier feront le même temps pour avoir fumé un joint, c’est inadmissible. Ton fils, il avait des excuses. C’était ton fils. La justice est minable de faire son boulot les yeux fermés. Et c’est parce qu’elle a été injuste avec ton fils par rapport à d’autres crimes plus graves qu’elle est minable, et non pas juste parce qu’elle ne traite pas correctement ces crimes plus graves. Tout est un question de hiérarchie des crimes et des délits. Je te pardonne de ne pas avoir fait la comparaison avec le procès des tournantes. Tu n’y as peut-être pas pensé, remarque. On ne peut pas penser à tout. J’ai juste un problème avec ce terme que tu utilises si libéralement pour parler de la justice : « minable ». Minable ? Vous avez dit « minable » ? Comme c’est minable…

Après j’ai un peu perdu le fil avec les gens qui ont du cholestérol ou des problèmes d’alcool, et le rapport que cela peut avoir avec ton terrible exil fiscal d’un pays que tu aimes, et qui t’aime, mais qui n’est plus le tien. A part peut-être le cri du coeur de tes artères coronariennes… Je pense que tu t’es trompé de lettre et que ce paragraphe-là était destiné à ton assurance santé, tu sais, celle qui doit remplacer ta Sécu. Je ne te jetterais pas non plus la pierre, va, et je vais oublier cette incartade rhétorique.

Je te soutiens à 100 % pour avoir payer 85 % d’impôts en 2011 quand le bouclier fiscal les limitait à 50 % pour tous. Ça, c’est une belle preuve de patriotisme, c’était par amitié pour ton Nicolas. Mais François, malgré son prénom, ou à cause de son nom, je ne sais, n’a pas le droit à autant de bonne volonté. Tu as raison : tes impôts pourraient l’aider à poursuivre sa politique actuelle de droite, ce serait sûrement incroyablement perturbant. Et puis tu n’as pas à te mêler de politique : après tout, tu ne soutiens Poutine et le président tchétchène Kadyrov que pour l’argent, celui qu’ils te donnent avec libéralité. On ne peut pas vraiment t’accuser de soutenir leurs multiple abus contre les droits de l’homme (sans doute des gens qui n’ont pas de diabète ou de problèmes de tension) : tu « n'(as) pas  justifier les raisons de (tes) choix qui sont nombreuses et intimes ». Je n’aurais pas mieux dit : tu te défends tellement bien contre la meute des chiens, Gérard.

Tu n’es ni à plaindre, ni à vanter, formidable formulation qui nous place en position de t’aduler ou de te plaindre quand tu pourrais faire preuve d’un peu de modestie en reprenant la formulation habituelle qui te mettrait en humble sujet de cette fracassante déclaration d’orgueil : mais quelle modestie ? Tu as créé 80 emplois ! J’espère que tu en créeras en Belgique, à défaut d’en créer 80 nouveaux en France. Mais la crise aidant, le chômage augmentant, je comprends que tu ne veuilles pas rester pour voir tes 80 beaux emplois se réduire comme peau de chagrin. Méfie-toi, le chagrin des Belges n’est pas moins poignant…

Il n’a pas à te dénigrer, ce vilain petit monsieur Ayrault. Qui est-il, c’est vrai ? Premier Ministre. Vulgaire collaborateur, premier deuxième fonctionnaire de l’Etat. Qui est-il face à toi, un homme libre et excessif qui aime la vie et l’argent, einh ?! Qui est-il à part un homme qui travaille à essayer de résister à la vague qui vient ? Bah on ne résiste pas aux tsunamis, et puis de toute façon, il résiste mal. Va, Gérard, va construire ton Arche sur d’autres terres pendant qu’on essayera d’écoper de notre côté. Et n’oublie pas d’emmener les rats avec toi sur ton nouveau navire. C’est qu’il ne faudrait pas que ça meurt, ces petites bêtes. Elles nous manqueraient.

La vérité, Gérard, c’est que tu n’es pas « minable ». Tu es un monstre sacré. A l’avenir, quand on parlera de toi, on ne dira plus « ce grand acteur », on dira « ce grand salaud ». C’est important d’être sacré. C’est ce qui fait toute la différence.

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C’est la rentrée, c’est marronnier…

… et le petit Lorant Deutsch (Lolo2tsch – quel génie dans le choix de ton pseudo d’email, bonhomme, j’en suis toute ébaubie) est rentré de l’île de Ré, trolle toujours et continue à parler de lui à la troisième personne (parce qu’il a un égo gros comme ça). Ça sent l’arrivée de l’automne, la pluie, la déprime…

Ayant déjà eu cette conversation avec toi, mon loulou sarthois, j’ai l’impression de me répéter, mais bon faut croire que tu es un peu dur de la comprenette : mon blog étant un espace privé, tu y seras toujours modéré, jamais approuvé. Après tu fais comme tu veux, vas-y défoule-toi dans les commentaires : il n’y a que moi qui les verrai, ça ne prêtera pas à grand chose, et surtout pas à conséquences. Je te trouve très drôle aussi, dans ton genre barrèsien, quoiqu’un brin fachistas sur les bords. Mais bon, quand on a les honneurs du Figaro, de Sévillia, de Wetzel, tu avoueras qu’on a même plus besoin de te tailler un costard, tes amis viennent de le faire pour toi. On a les potes qu’on mérite.

Bon, c’est pas tout ça, j’ai un vrai livre d’Histoire à aller lire, moi.

Allez, tchüss, hein !

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