We need to talk about Rémi

Rémi Gaillard, paix à ce qu’il lui restait d’âme, vient de commettre une réponse à ces détracteurs, et si certains pouvaient encore douter de la violence de sa misogynie (et de sa violence tout court) suite à la vidéo, son texte, très court, ne laisse que peu de doutes, lui. Car sa violence gît là où il se croit le plus grand seigneur.

Son texte commence par la mention de deux femmes (Audrey Pulvar et Roselyne Bachelot) qui le dénoncent avec une extrême virulence et se termine par un lien qu’il utilise pour les dénoncer à leur tour, avec non moins de virulence. Sauf que ce lien, n’est pas n’importe quel lien. Ce qu’il choisit de balancer à la gueule de deux femmes qui dénoncent une violence commise sur les femmes, c’est un lien vers le site gouvernemental sur la violence commise contre les femmes, en suggérant qu’elles feraient moins d’audiences avec ce lien qu’avec lui.

Faisons une pause un instant pour réfléchir à ce que cela signifie de balancer à la tête d’une femme, dans le plus pur style mansplainer-je-vais-t’expliquer-la-vie-poulette, que vous allez lui apprendre ce qu’est la vraie violence faite aux femmes. Récemment, suite à de longues discussions avec une amie qui m’expliquait qu’elle avait violée dans le passé, je me suis mise à réfléchir aux femmes de mon entourage, savoir combien avaient été victimes de violences plus ou moins sexuelles. De ma grand-mère, obligée de remonter sa jupe sur ses hanches, pour se trainer à genoux sur le sol de l’église, en pénitence, sous le regard du curé, à l’âge de neuf ans, à la copine de 12 ans qui nous raconte sa première visite chez le gynéco suite à l’apparition de ses règles où il l’a fait se mettre entièrement nue sans aucune raison sous les yeux affectueux de sa maman qui n’y trouva rien à redire ; de la lycéenne qui se fait humilier devant tout le foyer des élèves par sa meilleure amie qui explique d’une voix forte que son copain a eu bien raison de la larguer parce que franchement elle aurait au moins pu faire l’effort d’une petite pipe, à l’autre adolescente qui te raconte comment elle a évacué sa première fois à 13 ans comme d’autres font un curetage, parce que c’est ignoble, mais qu’il faut bien passer à la caisse un jour, alors autant se débarrasser vite du problème (10 ans de galères sexuelles firent suite, avant qu’elle ne trouve enfin un équilibre, et je suis toujours aussi surprise qu’elle n’ait pas chopé le Sida ni joué dans un porno) ; des récits de premières fois tous plus apocalyptiques les uns que les autres à ma propre agression à 15 ans dont j’ai mis 17 ans à réussir à parler.

Dans ce défilé ininterrompu de femmes, je n’ose même pas inclure les agressions verbales dans la rue et les transports en commun — ou comment les hommes se sentent en droit de demander une pipe à mon collant à chaque fois qu’il est de sortie — parce que je ne pourrais plus, alors, trouver une seule femme qui n’ai pas subi une violence. Si je fais les comptes, il me reste deux survivantes à la fin du jeu, et l’une est ma mère, je ne suis peut-être pas objective sur son vécu.

Peut-on envisager une seconde que Pulvar et Bachelot aient pu subir des violences sexuelles dans leurs vies ? Peut-on envisager que Bachelot, ancienne ministre, a eu plus que son quota de réflexions misogynes dans notre belle Assemblée, et d’attaques mille fois plus violentes sur Twitter ? D’autant plus violentes qu’elle n’est pas reine de beauté, et que contrairement à une idée reçue, les femmes grosses ou laides reçoivent beaucoup plus de suggestions de se prendre une bite à sec dans le cul pour avoir la chance se faire baiser malgré leurs désavantages physiques que les femmes belles. Peut-on envisager que la relation de Pulvar avec Montebourg a lâché les chiens de l’humour gras sale et malsain sur internet pendant des mois, qui se sont aussi delectés du fait qu’elle soit noire ? (Ah l’humour sexuel des racistes, puits sans fond d’ignominie…) Peut-on envisager, ne serait-ce qu’une toute petite seconde que ces femmes ont aussi une vie en dehors des spotlights, une histoire personnelle qu’elles ne trahiront peut-être jamais, et que dans cette histoire, il pourrait y avoir n’importe quoi, des agressions, des viols, des coups…?

Comment se fait-il que le premier réflexe quand on parle d’une femme, c’est d’imaginer qu’elle n’a pas d’histoire ? Un viol toutes le 8 minutes. Une femme tuée par son compagnon toutes les 10 minutes. Un enfant sur 10 victime de violence physiques et/ou sexuelles. Comment se fait-il qu’on puisse ne pas avoir le réflexe de penser qu’une femme a forcément une histoire de violence sexuelle derrière elle ?

Alors comment, dans ce cas-là, peut-on oser balancer à la gueule d’une femme, tu ne sais pas ce qu’est la vraie violence qu’on peut te faire, mais moi mâle galant s’il en est, je le sais pour toi ?

Et pour défendre son argumentation je-sais-tout, Saint Gaillard a des arguments qui font parfois froid dans le dos.

100% des femmes qui apparaissent sur la vidéo ont accepté d’y être incluses. Et 100% de celles qui ont refusé ne le sont pas. Car 100% des femmes qui ont refusé n’ont plus droit à l’argumentation, ni même à l’existence, dans le discours de Rémi Gaillard. Car les pas cool, les cul-serrés, celles qui n’ont pas d’humour, comme par hasard, deviennent quantités négligeables. En ligne avec la pensée générale. Bonjour, je m’appelle Rémi Gaillard, je fais de millions de vues sur YouTube, tu veux être vue en train de me faire un fellation optique par ton employeur, ton père et tes gosses, pendant que la crème de la crème d’internet viendra brailler « deep throat ! » dans les commentaires ? Allez, il a dû recevoir un sacré paquet de non, et vous ne le saurez jamais. Et surtout si 100% des femmes ont dit oui, j’en conclu que 100% des hommes ont dit non, et que ce policier dont Gaillard ne montre pas le visage parce qu’il n’en a pas le droit, se fait virtuellement agressé devant la France entière sans sa permission. Si Gaillard ne l’utilisait pas quelques lignes plus loin pour monter une argumentation fallacieuse sur le deux poids deux mesures entre les agressions sexuelles faites aux femmes et celles faites aux hommes, ce ne serait pas aussi sale. NON, CE N’EST PAS MOINS GRAVE PARCE QUE C’EST UN HOMME. Bien au contraire. Parlons de cette violence faite à un homme moqué par Remi Gaillard parce que traité comme une vulgaire actrice porno. Parlons de cette petite blagounette sur le fait qu’il faut rire de voir un homme s’en prendre une dans le cul comme une gonzesse, mais que c’est drôle : homophobie, ton nom est Rémi.

Et que dire de cette très fière revendication sur le fait que la vidéo a été débloquée pour les mineurs par YouTube (ahem, what ?). Rémi as-tu des filles de moins de 15 ans ? Rémi si tu avais des filles de moins de 15 ans, les mettrais-tu devant ta vidéo ? Je serais sincèrement curieuse de connaître sa réponse à ce sujet. Aurait-il envie que sa fille apprenne par l’exemple de son père, que la bouche d’une femme sert à faire des pipes (combien de pères qui aiment se faire faire des pipes acceptent l’idée que leur fille puisse en prodiguer elle-même ?), qu’une femme ça se prend uniquement par derrière, levrette ou sodomie, et par surprise, que la position d’une femme en amour c’est baissée, à genoux, en dessous, alors que celle de l’homme est la posture du conquérant, toujours debout, que l’homme jouit et la femme subit ? Je ne voudrais pas être la fille de Rémi Gaillard.

***

Très sincèrement, dans un premier temps, j’ai cru que Gaillard se rétracterait. Ferait des excuses. Voilà un type qui assume d’être un con qui fait n’importe quoi. Et pour une fois qu’il faisait vraiment n’importe quoi, comme un con, je me suis dit qu’il avait un fond de réflexion intellectuelle sur la question. Admettre qu’on fait n’importe quoi, c’est admettre qu’on a une capacité de jugement assez évoluée pour comprendre ce qu’est le n’importe quoi. Or,voilà que notre homme des bois non seulement revendique fièrement ses actes, mais essaie aussi de démontrer que ce n’est pas n’importe : regardez, j’ai des preuves, les filles sont d’accord, les gens aiment, et j’ai la caution YouTube. Au milieu de son n’importe quoi, la seule chose que Gaillard revendique comme n’étant pas n’importe quoi, c’est celle dont des dizaines et des dizaines de femmes ont dit qu’elles la prenaient comme une claque dans la gueule et qui incite au viol.

Ah mais non, attendez, les images n’incitent pas, mensonges ! Je pourrais vous sortir l’argument du porno, et les dizaines d’études qui prouvent que le porno poussent à l’imitation. Mais j’ai mieux, et les fans de Gaillard devraient y retrouver leur petits.

Jackass.

J’ai connu des ados, par ailleurs très très intelligents (sont aujourd’hui ingénieurs), qui a la grande époque de Jackass ont volé un caddy de supermarché pour allé jouer dans la forêt en pente derrière chez eux. Tu te mets dans le chariot, tes copains te poussent, puis tu finis ta course à pleine vitesse dans un arbre. Il ne sont pas brisé le cou. Par contre leur pote qui a essayé la même blague avec son VTT, lui il est mort, merci pour lui. Et vous savez le plus drôle de l’histoire ? Ça ne les a même pas arrêté.

L’un des arguments de ceux qui sont convaincus que les images ne poussent pas les gens à les reproduire, c’est que les gens sont trop intelligents pour le faire. Ce qui suppose déjà que les gens qui regardent ce genre de vidéos sont forcément tous intelligents. Mouarf. Passons. Mais par ailleurs, être intelligent ne suppose pas qu’on n’est pas influençable. Je suis très intelligente, merci, mais je suis aussi très influençable, encore merci. Et en avoir conscience et lutter contre, ne veux pas non plus dire qu’on est capable de le combattre complètement. Si c’était facile, la propagande ne marcherait pas. Et être intelligent ne veux pas non plus dire que l’on soit imperméable à la tentation du vide, de l’abîme, la tentation du mal. Bien au contraire.

Alors non, il est presque certain que la vidéo de Gaillard ne poussera pas des hommes à violer des femmes, dans la rue, mais la majorité des femmes se font violer chez elles, par leur moitié, leur père, leur frère, leur cousin, l’ami de la famille, et peut-être bien qu’un ou deux connards trouveront la badass attitude de Gaillard, conquérant aux mimiques sexuelles surjouées, trop cool, et voudront la reproduire sur leur moitié, sans son accord. Parce que 100% des femmes qui ne sont pas d’accord sont passées sous silence.

Par contre, ce qui est presque certain, c’est que Gaillard va libérer encore un autre verrou du harcèlement de rue, le je-te-mime-baisable-t’es-pas-contente-grosse-pute. Non je ne suis pas contente. Je n’ai pas envie qu’un inconnu m’estampille baisable dans l’espace public à coup de reins sous prétexte qu’un pauvre type lui a dit sur internet que c’était ça la « joie de vivre ».

Il n’y avait pas de déshonneur à reconnaître que tu avais fait n’importe quoi, Rémi. Il n’y a jamais de déshonneur à reconnaître qu’on a fait une connerie. Mais Rémi Gaillard n’a pas d’honneur : il fera n’importe quoi jusqu’au bout.

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