Post-coloniale connerie

Great Good, Sweet Noodle… nooooon ?!

La meilleure façon d’en finir avec notre histoire coloniale était de « décoloniser les esprits » des Occidentaux et des peuples colonisés, en gommant l’idée archaïque d’une domination naturelle des « Blancs » sur les autres. Cette décolonisation est, nous semble-t-il, depuis longtemps achevée.

Je ne sais pas dans quel pays bisounours ce monsieur croit vivre, mais il faut qu’il arrête le chichon. Tout de suite. Car c’est en train de lui embouillasser le cerveau. Et sévèrement.

Sans doute ce monsieur est-il le seul homme de France n’a-t-il pas suivi l’Affaire de l’expo Camus à Avignon, ou celle de « Le drame de l’Afrique, c’est que l’homme africain n’est pas assez entré dans l’histoire« , ou la célébration de Bigeard, tortionnaire d’Indochine et d’Algérie,, ou le revival de Sansnouscesmétèquesvivraientencoredanslaboue car « [le colonisateur] a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir », ou la tentative de loi des pauvres pieds-noirs victimes de crimes contre l’humanité, ou les civilisations qui ne sont pas toutes égales.

Bien sûr, les Français ne réclament pas un oubli pur et simple de leurs exactions historiques.

Non, c’est vrai, ils demandent qu’on les remercie. Pour les routes, les hôpitaux, la torture,…

le tournant des colonial studies, très bien assimilé dans les pays anglo-saxons (notamment en ce qui concerne l’histoire de l’Inde britannique), s’est vite heurté au dogmatisme et à l’engagement politique des penseurs, et surtout des journalistes français. Au pays des droits de l’homme, il fallait rester envers et contre tout les défenseurs de l’opprimé.

Monsieur s’étonne que l’on n’arrive pas à dépasser les post-coloniales studies en France, contrairement aux anglo-saxons. En même temps, il faut dire que l’on a 10 ans de retard sur le sujet par rapport à nos petits camarades.  Faudrait peut-être arrêter de s’étonner sur des évidences. Et si on a 10 ans de retard, c’est bien parce que l’esprit colonial français n’est pas encore bien mort. Les anglais ont bien assimilé la fin de l’Inde britannique ? En même temps, va trouver aujourd’hui un anglais pour t’expliquer que l’Inde devrait être encore anglaise ? Par contre des tenants de l’Algérie française, ça se ramasse à la pelle.

Et il faudrait aussi essayer de penser deux minutes en terme d’histoire et de géopolitique au lieu de se prendre pour la doublure lumière de Guéant : toutes les colonies ne se ressemblent pas. La situation de l’Inde n’est jamais été comparable à celle de l’Algérie. S’il fallait faire un rapprochement pourri, ce serait plutôt avec l’Indochine. Et l’ex-Indochine, elle s’en sort relativement bien, de son divorce avec la France. Mais c’est quoi, alors la différence entre l’Indochine et l’Algérie (mais on pourrait aussi parler de la Nouvelle Calédonie) ? La différence, c’est que l’Algérie n’était pas une simple colonie, c’était un département français. Pour beaucoup de français, ce fut, et c’est toujours, un démembrement du pays impardonnable. Et pour beaucoup d’Algériens, c’est aussi le souvenir d’avoir été des sous-citoyens français avec tous les devoirs comme celui de servir de chair à canon, mais sans avoir aucun des droits, et en particulier pas celui d’être vraiment français.

S’excuser des crimes de la France, ce n’est pas se repentir et prendre le parti des opprimés, c’est dire : « C’est nous. C’est nous qui l’avons fait. » C’est simplement prendre ses responsabilités.

Prenons deux minutes pour comprendre le camp d’en face (celui de monsieur Bisounours). Il faut savoir ce que prétendent faire les « anti-repentance ». Il faut comprendre. Il faut le lire, ce bien trop célèbre discours de Dakar de Sarko :

Entre le Sénégal et la France, l’histoire a tissé les liens d’une amitié que nul ne peut défaire. Cette amitié est forte et sincère. C’est pour cela que j’ai souhaité adresser, de Dakar, le salut fraternel de la France à l’Afrique toute entière.

Et les mecs, la France et le Sénégal, c’est des amis depuis la nuit des temps ! Quoi, vous n’avez pas compris qu’il va vous parler de colonisation ? C’est pourtant évident avec une intro pareille, non ? Non.

Je ne suis pas venu effacer le passé car le passé ne s’efface pas.

Je ne suis pas venu nier les fautes ni les crimes car il y a eu des fautes et il y a eu des crimes.

Il y a eu la traite négrière, il y a eu l’esclavage, les hommes, les femmes, les enfants achetés et vendus comme des marchandises. Et ce crime ne fut pas seulement un crime contre les Africains, ce fut un crime contre l’homme, ce fut un crime contre l’humanité toute entière.

Hum okay. Mais qui a commis ses crimes ?

Mais nul ne peut demander aux générations d’aujourd’hui d’expier ce crime perpétré par les générations passées. Nul ne peut demander aux fils de se repentir des fautes de leurs pères.

« Les générations passées », donc. Mais les ancêtres de qui ? Ben de qui vous voulez. Il vient parler au nom de la France à priori, mais il parle finalement au nom d’une génération passée sans nom, sans nationalité, sans visage. Cela pourrait être les anglais. Ce sont peut-être les arabes, dont les adversaires de la « repentance » aiment à dire que la traite négrière, « c’est eux, c’est eux ». (Sans blague. Ou comment faire du vomi avec les faits historiques. Oui la traite négrière, les arabes en ont fait. Mais comme le plus gros consommateur d’esclaves c’était l’Occident, on a beaucoup plus traité.) Oh mais attendez ! C’est pas grave, puisque les enfants ne sont pas responsables des crimes de leurs parents. Oh pardon, c’est vrai. On rase tous les mémorials de la Shoah en Allemagne, il n’y a plus besoin, les Allemands d’aujourd’hui n’ont pas à payer pour les crimes de leurs parents… Ni même à la connaître, en fait.

Jeunes d’Afrique, je ne suis pas venu vous parler de repentance. Je suis venu vous dire que je ressens la traite et l’esclavage comme des crimes envers l’humanité. Je suis venu vous dire que votre déchirure et votre souffrance sont les nôtres et sont donc les miennes.

Je suis venu vous proposer de regarder ensemble, Africains et Français, au-delà de cette déchirure et au-delà de cette souffrance.

Oh tiens, la France, enfin mentionnée. C’est la première fois depuis tout à l’heure. Et la France, alors ? Et ben, elle souffre, la France, comme l’Afrique. Tout pareil. Oui, oui, vous lisez bien, la France souffre de la colonisation au même titre que l’Afrique. C’est de l’alchimie, ça, ou je ne m’y connais pas.

Je suis venu, jeunes d’Afrique, regarder en face avec vous notre histoire commune.

L’Afrique a sa part de responsabilité dans son propre malheur. On s’est entretué en Afrique au moins autant qu’en Europe. Mais il est vrai que jadis, les Européens sont venus en Afrique en conquérants. Ils ont pris la terre de vos ancêtres. […] Ils ont désenchanté l’Afrique.

Ils ont eu tort.

Mais qui donc a fait souffrir l’Afrique et cette brave France ? L’Européen. Je rappelle qu’on est à Dakar, Sénagal. L’Européen en question s’appelle Jean-François, pas Carlos, Jonathan ou Siegfried. Mais il va nous le préciser, Sarko ?

Le colonisateur est venu, il a pris, il s’est servi, il a exploité, il a pillé des ressources, des richesses qui ne lui appartenaient pas. Il a dépouillé le colonisé de sa personnalité, de sa liberté, de sa terre, du fruit de son travail.

Ah ben non, finalement. Vous remarquerez que la « colonisé » est tout aussi facilement dépouillé de son identité. Ce n’est plus un Africain (ou un Maghrebin, ou un Indochinois). C’est un concept.

Il a pris mais je veux dire avec respect qu’il a aussi donné. Il a construit des ponts, des routes, des hôpitaux, des dispensaires, des écoles. Il a rendu féconde des terres vierges, il a donné sa peine, son travail, son savoir. Je veux le dire ici, tous les colons n’étaient pas des voleurs, tous les colons n’étaient pas des exploiteurs.

Il y avait parmi eux des hommes mauvais mais il y avait aussi des hommes de bonne volonté, des hommes qui croyaient remplir une mission civilisatrice, des hommes qui croyaient faire le bien. Ils se trompaient mais certains étaient sincères. Ils croyaient donner la liberté, ils créaient l’aliénation. Ils croyaient briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition, de la servitude. Ils forgeaient des chaînes bien plus lourdes, ils imposaient une servitude plus pesante, car c’étaient les esprits, c’étaient les âmes qui étaient asservis. Ils croyaient donner l’amour sans voir qu’ils semaient la révolte et la haine.

Le colonisateur avait plein de rêves dans la tête : civiliser (vous êtes des sauvages), libérer (grâce à l’indigénat, l’homme jaune ou noir, dont on apprenait à l’école qu’il était inférieur physiquement et intellectuellement à l’homme blanc, était libéré, hourra !), « briser les chaînes de l’obscurantisme, de la superstition » (briser des cultures centenaires pour imposer la sienne), aimer (qui aime bien châtie bien…).

Mais la colonisation fut une grande faute qui fut payée par l’amertume et la souffrance de ceux qui avaient cru tout donner et qui ne comprenaient pas pourquoi on leur en voulait autant.

La colonisation fut une grande faute qui détruisit chez le colonisé l’estime de soi et fit naître dans son cœur cette haine de soi qui débouche toujours sur la haine des autres.

La colonisation fut une grande faute mais de cette grande faute est né l’embryon d’une destinée commune. Et cette idée me tient particulièrement à cœur.

La colonisation fut une faute qui a changé le destin de l’Europe et le destin de l’Afrique et qui les a mêlés. Et ce destin commun a été scellé par le sang des Africains qui sont venus mourir dans les guerres européennes.

Et la France n’oublie pas ce sang africain versé pour sa liberté.

Donc voilà, l’Europe a fauté, la France a retenu le désir de liberté africain. C’est beau. La France n’a rien fait directement. C’est pas moi,c’est mon chef. Je ne faisait que suivre le groupe, obéir aux ordres, sauter de la falaise avec les autres moutons de Panurge. On est à un tiers du Discours, la France n’a été citée que 4 fois en tout. L’Europe et les européens tout autant (le mot « français » n’apparaît pas. Le français, lui, n’a rien fait…). Ce que Sarko retient alors de la colonisation c’est que :

la part d’Europe qui est en vous est le fruit d’un grand péché d’orgueil de l’Occident mais que cette part d’Europe en vous n’est pas indigne.

Même pas un petit peu. L’Africain a été européannisé, on est tout fier qu’il le soit toujours (pour qui cherche une définition du racisme…), et il n’y a RIEN d’indigne là dedans.

A ce moment-là, le discours prend une autre direction : « Le problème de l’Afrique » (je sais mieux que vous), « La réalité de l’Afrique » (je sais toujours mieux que vous), et « la France sera à vos côtés » (nous sommes tes amis bamboula, et comme on sait mieux que toi, ferme ta gueule et écoute). Non mais sans blague. A ce moment-là, je rappelle que flotte un silence de mort dans l’assistance africaine. On se demande bien pourquoi. Dans ce dernier quart du discours, la France est cité 22 fois.

Résumons, donc. Pour passer le cap des post-colonial studies, il faut aller expliquer aux anciens colonisés que les colonies, c’est la faute de cette salope d’Europe, mais que la France, elle,  n’était pas vraiment actrice de la colonisation, elle l’a vécu, comme l’Afrique et du coup, elle ressent la souffrance des anciennes colonies comme la sienne. Il faut leur expliquer que nous savons mieux qu’eux ce qui est bon pour eux (allez vous amusez à suivre le discours actuel sur le « printemps arabes » : oh les cons, ils ont ratés leurs révolutions, on va leur expliquer ce que c’est, parce que nous on sait tout.), et que ce qu’on a leur offrir, c’est notre aide généreuse (car sans nous, ils ne pourraient pas s’en sortir). Laissez-moi vous rafraichir la mémoire :

La meilleure façon d’en finir avec notre histoire coloniale était de « décoloniser les esprits » des Occidentaux et des peuples colonisés, en gommant l’idée archaïque d’une domination naturelle des « Blancs » sur les autres. Cette décolonisation est, nous semble-t-il, depuis longtemps achevée.

Si on pouvait décoloniser la connerie archaïque de l’homo colonisiatus…

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Classé dans racisme haine et préjugés

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