Splendeurs et Misères de l’Histoire de France

Comme j’en ai ma claque du phénomène Métronome, comme le quatrième épisode m’a mise vénère (pour parler mal), comme les plans com’ parfaits qui mangent les petits n’enfants le soir au coin des bois, ça me hérisse le poil du dos au réveil, j’ai décidé d’envoyer une lettre au directeur du Noubel Obs Laurent Joffrin (oui, le machin qui sourit aux audacieux, du truc, du…, voilà). Bon c’est vrai, écrire aux Inrock pour parler d’un nouveau réac, ça aurait été sûrement mieux, mais les Inrocks ont décidé d’ignorer superbement le Métronome (et donc de ne pas faire le travail de critiques), du coup je m’attaque plutôt à ceux qui lui ont ciré les pompes.

Je doute que ma lettre soit lue (surtout que, hum, en docu word, elle fait 7 bonnes grosses pages et j’ai pas dit la moitié de ce que je voulais dire), mais bon qui ne tente rien n’a pas de chocolat à la fin du repas.

Je me suis plutôt concentrée sur le côté glauque réac limite nausée du matin (et du soir, désespoir) de Deutsch tel qu’on le voit dans les interviews (les critiques ne lisant pas les livres, ne regardant pas les docus, au mieux, on peut espérer qu’ils lisent parfois les interviews…), pour le côté histo, je renvoie vers qui-de-droit, les historiens-trop biens (parce que simplement, je ne tiens pas la route personnellement au niveau Histoire, sur le Moyen Âge par exemple), même si j’ai synthétisé dans ma lettre, quand même, quelque arguments essentiels qui viennent d’eux et il faut rendre à, ce qui appartient à (l’extrait sur Détour en France, la critique est de Goliards, par exemple).

Excusez le ton un peu formel parfois (mais je me lâche un peu plus à d’autres endroits).

« Monsieur le Directeur,

Il y a 33 ans, dans les pages de ce journal se jouait une querelle critique opposant Pierre Vidal-Naquet Et Bernard-Henry Levy, philosophe se piquant à l’occasion d’un livre, Le Testament de Dieu, de faire de l’Histoire. Son intérêt pour la matière aurait été profondément louable (car l’Histoire n’est pas et ne doit pas être le pré carré des historiens) si, comme le soulignait à l’époque Pierre Vidal-Naquet, BHL avait pris le temps de faire oeuvre d’historien, d’étudier ses sources, et de ne pas faire la preuve d’une inculture désinvolte en faisait par exemple témoigner Himmler au procès de Nuremberg, du fin fond de sa tombe bien sûr, puisque celui-ci s’était suicidé juste après son arrestation.

Vidal-Naquet s’était ému que « sans exercer le moindre contrôle, un éditeur, des journaux, des chaînes de télévision lancent un pareil produit comme on lance une savonnette, sans prendre les garanties de qualité que l’on exige précisément d’une savonnette. » Permettez aujourd’hui, à 33 ans de distance, mais avec la même inquiétude, la même colère, la même incompréhension, que je m’émeuve aussi d’un phénomène similaire, mais bien plus troublant, celui du Métronome de Lorànt Deutsch.

J’entends déjà la réponse amusée que l’on pourrait me faire : ce n’est donc que cela ? Malheureusement non, ce n’est pas que cela.

Il y a trois ans, Lorànt Deutsch sortait un livre qui sous couvert de vulgarisation, prétendait revisiter l’Histoire de Paris à travers le Métro, et revisiter l’Histoire de France à travers celle de Paris. Prétendre n’est pas un mot que j’emploie là à la légère… Ce mois-ci, toujours sous couvert de vulgarisation, il sortait une série de quatre documentaires (quatre ! Georges Duby en son temps ne put en faire qu’un seul, et même les docus de vulgarisation d’ARTE ne vont que par deux, lorsqu’ils sont chanceux) reprenant de manière très surfaite la matière de son livre, et pour lesquels le service public et la RATP ont déboursé un million d’euros dont on peut se demander, au visionnage, où ils sont passés : les images 3D sont à peine dignes d’un élève de première année d’Arts Graphiques (et c’est méchant pour les première années) et les consternantes scénettes sur fond vert sont joliment teintées d’un sépia Vieille France dont on imagine qu’il a dû coûté fort cher en post- production vu l’abus qui en est fait.

La vulgarisation est une très belle chose ; elle serait magnifique si on ne lui faisait subir autant d’outrages. Je l’ai dit plus haut, l’Histoire ne doit pas être réservée aux Historiens (sinon pourquoi l’enseignerait-on aux enfants), et la vulgarisation est non seulement louable mais nécessaire. Reste que toute vulgarisation n’est pas digne de louanges. Or il faut bien l’admettre, L. Deutsch, son petit livre et ses petits docus ont été accueillis par une unanimités de vivas qui en elle-même aurait dû vous paraître suspecte. Ce pont d’or des médias, ce plan com’ extraordinaire ont sans doute fait plus pour le succès phénoménal du « titi parisien » (Nouvel Obs 6/11/2009. Quel meilleur moyen d’exonérer à l’avance un auteur de ses possibles erreurs et dérives que de l’adouber de la figure absolument sympathique du titi parisien. Qui pourrait trouver à redire à un adorable « titi parisien » ?) que la bouille sympathique et le succès populaire de l’acteur.

Parler de « phénomène Métronome« , ce n’est pas jouer sur les mots, c’est exposer une réalité troublante, à savoir que le Métronome est un succès éditorial délirant vendu à 1,2/1,5 millions d’exemplaire, et un succès télé presque jamais vu pour France 5, qui a attiré pour chaque épisode entre 700 000 et 1,1 millions de téléspectateurs.

Troublant, car Métronome est un tissu d’âneries historiques, de mensonges et de manipulations de faits, un catéchisme catholique anti-laïc (les deux premiers épisodes sont de ce points de vue-là assez effrayants. Le CSA fait-il son travail ?) et une charge idéologique réactionnaire qui s’appuie sur le royalisme et le catholicisme militant affichés de L. Deutsch. Troublant, le fait que cette charge idéologique qui fait l’apologie d’un sentiment ultra-national (Paris centre de la France, centre du monde), d’une identité nationale franco-française et qui  déchaîne sa haine monolithique de la Révolution française dès les premières pages, ait été diffusé au moment des deux tours de l’élection présidentielle (c’était pourtant assez culotté de la part des programmateurs et pas très subtil !) aurait dû faire réagir, surtout un journal qui se veut de gauche comme le Nouvel Observateur.

Mais personne ne réagit. Personne n’a donc pris temps de lire ou de regarder ces « oeuvres » ? Ne soyons pas plus naïfs que nécessaire, il est plus que probable que la majorité des critiques n’ont pas pris le temps, ou ne l’ont pas trouvé, d’aller plus loin que le premier chapitre ou les premières minutes des documentaires. Les prières d’insérer et le dossier de presse sont là pour remplir les vides, après tout. (Et pourtant et pourtant… dès les premières pages, dès les premières minutes, il y avait déjà beaucoup à en dire…)

Mais cependant, quand il passe à la télévision, à la radio, quand vous lisez ses interviews, lorsque l’une de vous journalistes l’interroge, ne réagissez vous pas à ce qu’il dit ? N’êtes-vous pas interpellé, en tant que journaliste, par son discours politique à moins de l’être par ses erreurs historiques ? Les critiques ont-ils perdu tout esprit critique ?

Je sursaute, par exemple, quand je lis dans cette interview du Nouvel Obs du 31/11/2009 que « l’homogénéité hexagonale naît avec Jules César et avec la conquête de Paris en -52 » : il faudra attendre plusieurs siècles que notre territoire devienne un hexagone et tout autant pour que le sentiment d’homogénéité du pays et de la Nation naisse parmi les peuples de France (en fait, il faudra attendre la Fête de la Fédération de 1790. Elle porte pourtant clairement son nom), ce que de nombreux historiens, Jacques Le Goff en tête, ont démontrés. Encore faudrait-il que L. Deutsch ait pris le temps de les lire… Je sursaute aussi à cette volonté très « vieille garde » de figer l’homogénéité de la France dans un passé lointain, et finalement de refuser l’intégration des nouvelles population d’aujourd’hui et à venir.

Dans la même interview, ne trouvez-vous pas gênant qu’il se rengorge d’avoir fait « l’économie de pas mal de sources » (l’Histoire Infuse…), car bien sûr il ne les cite jamais, pas de notes, pas de bibliographie, tout en prétendant qu’on les reconnaît aisément : « Braudel, Guizot, Michelet, Henri Martin, Ferro, Decaux » (je vous épargne « le guide Tchou de Paris« … Ah non, en fait.). Certes, j’ai reconnu Michelet, un peu trop à mon goût (comme si on n’avait pas fait avancer l’Histoire depuis Michelet), mais les autres doivent porter un masque trop épais. A moins que cela ne vienne du fait que je ne suis pas historienne. Mais attendez une seconde… le public visé par une vulgarisation historique non plus, que je sache ? Quelle étrange idée de la vulgarisation : ne pas donner aux lecteurs que l’on aurait réussi à intéresser les moyens d’approfondir leur intérêt, de nourrir leur réflexion. La vulgarisation historique selon L. Deutsch suppose que l’Histoire commence avec lui, s’arrête avec lui, et que si vous ne pouvez reconnaître les sources, ce n’est que parce que vous êtes historiquement trop inculte. Sympathique.

Finissons-en avec cette interview, toujours la même, quel trésor ! Que dire de cette affirmation péremptoire qu’ « un roi ce n’est que depuis 1789 qu’on n’en a plus » ? Pour un Royaliste orléaniste, oublier quatre rois  (oui, ne soyons pas sectaires, comptons le petit Louis XVII, le nom vaut titre pour tous les royalistes), dont trois ayant régné, l’un d’eux étant rien moins que le seul Orléans à être monté sur le trône (permettez que je ne compte pas la Régence de Philippe d’Orléans. Mais j’ai sûrement tort), ce n’est pas banal !

Mais rassurez-vous, le Nouvel Observateur n’est pas le seul média à avoir laissé passer de belles bêtises. Ailleurs, ils ont fait pire. Dans le Figaro du 5/11/2011, il affirmait sans sourciller que « l’histoire de notre pays s’est arrêtée en 1793 à la mort de Louis XVI. Cet évènement à marqué la fin de notre civilisation« . Bien. Nous vivons donc dans le non-temps d’une République barbare. Si je peux me satisfaire d’un point de vue personnel de vivre en Barbarie (après tout, elle en vaut bien d’autres, et elle n’est pas si mal. Tant qu’on nous laisse les croissants et le petit noir sur le bord du comptoir…), qu’en est-il du fait que nous n’avons plus d’Histoire depuis plus de 200 ans, que nous ne faisons plus l’Histoire ? Existons-nous encore ? Vastes sujet pour les philosophes. Quel dommage que L. Deutsch ait oublié qu’il s’agissait là de sa formation…

Détours en France, dans son Hors-Série d’Avril 2012 ERRATUM : c’est le numéro 148 sur le Moyen Âge, c’est encore tout chaud, enfonce le clou. La citation mérite d’être donnée en entier, tant pour le coup, elle fait remonter de douloureux frissons dans le dos : « Notre-Dame, c’est le point d’orgue du gothique, le chef-d’oeuvre de l’art des hommes du Nord. Jusqu’alors, nous avions en effet toujours été plutôt dominés par une culture méditerranéenne, que ce soit avec les Grecs, les Romains ou Byzance, et là, tout d’un coup, ces Goths, ces barbares, arrivent avec leur architecture : le gothique. Notre-Dame constitue le témoin, le symbole de ce passage entre le Sud et le Nord…« . Admirez le merveilleux effort acrobatique de ces Goths, peuple germanique du VIIIe siècle qui réussissent à créer l’Art gothique en France au XIIe, le terme gothique lui-même étant inventé en Italie au XVIe siècle. C’est splendide. Mais c’est cette confrontation des hommes du Nord et des homme du Sud, cette allusion au triomphe du Nord sur le Sud qui a fait frissonner plus d’un lecteur de cet extrait par ces relents idéologiques pour le moins suspects. Il est des arguments que l’on ne devrait utiliser qu’avec prudence.

Finissons cette revue de presse en apothéose, si je puis dire, avec l’émission Les Affranchis, sur France Inter, du 18/04/2012.

« Clovis qui accepte de devenir le bars armée de l’Église […] Clovis qui était athée […] L’Histoire est faite par les hommes, c’est quelque chose de subjectif, qui doit être incarné, qui doit être vivant, qui doit être organique, pour donner envie, pour divertir, pour plaire […].Pour moi, l’Histoire n’est pas un objet scientifique. Si on peut tendre vers le fait scientifique, tant mieux, surtout si ça accrédite ma chapelle, et ce que je pense, mon éclairage de l’Histoire. Pour moi, la vérité historique elle est dans un éclairage […] On a toujours dit que le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, c’était le plus grand pèlerinage du Moyen Âge, fait par des millions de personnes. donc Les scientifiques, les purs et durs, les chartistes sont allés dans les Hôtel-Dieu, dans les Hospices […] on s’est rendu compte que ça faisait une trace de quelques milliers de personnes pas plus, donc finalement ce pèlerinage est réduit à peau-de-chagrin, et pourtant on sait que le pèlerinage de Saint Jacques de Compostelle, c’est le plus grand pèlerinage de la Chrétienté… heu… en France au Moyen Âge. C’est parce que les gens l’avaient dans l’idée, ils avaient l’idée, l’idée n’était pas le fait, mais le fait ne doit pas l’emporter sur l’idée. Par moment, c’est l’idée qui est constitutive d’une réalité historique même si elle n’est pas inscrite dans le fait, elle est inscrite dans l’idée, c’est-à-dire qu’on voulait le faire, qu’on y pensait, c’était quelque chose de projeté. L’idéologie ne doit pas être détruite au nom du fait scientifique, c’est un peu un combat entre les matérialistes et ceux qui croient à quelque chose d’un petit peu plus idéologique. Les matérialistes me détruisent dès qu’ils le peuvent  Les thuriféraires ! Les septembriseurs, ! Les Jacobins…!  » (Nous soulignons les inflexions de L. Deutsch)

Un gros morceau, n’est-ce pas ? On aurait tort de passer trop vite sur « l’athéisme de Clovis » en le mettant sur le compte du lapsus, car ce n’en est pas un. Non, Clovis, n’était pas athée, il était païen, comme tous les Francs. Et si à la page 95 de son livre L. Deutsch reconnaît que Clovis a « un panthéon de dieux germaniques » auxquels il renonce en se convertissant, à la p. 104, il n’hésite cependant pas à asséner très sûr de lui que « les Francs se sont faits chrétiens, pour ces athées, ce n’était pas la mer à boire. ». Quel dommage de devoir décevoir L. Deutsch dans son délire catholique, mais les athées comme les païens sont très attachés à leur convictions et assimiler païens et athées dans un même mouvement, c’est un peu comme essayer d’expliquer que le Maru Satal de Katmandou et l’Arche de la Défense, ah !, vus de loin, c’est vraiment la même chose, on s’y méprendrait…

Passons à la suite. La perception de L. Deutsch de ce que doit être l’Histoire est fascinante : l’Histoire doit être vivante, doit divertir, doit plaire. C’est vrai, quand on est historien de la Shoah, le plus important, c’est de se divertir, qu’elle soit plaisante cette Histoire des chambres à gaz et des millions de morts. J’essayerais bien un peu d’humour noir pour voir si l’on peut étayer l’idée, mais non, vraiment, le coeur n’y est pas, même si je crois que l’on peut rire de presque tout, il est des sujets, quand même, non, on ne peux pas. Et puis je ne peux pas rire avec n’importe qui, j’ai assez peu envie de pouffer avec L. Deutsch. L’Histoire peut être divertissante, certes, mais en faire le but de l’Histoire, l’Histoire pour plaire, c’est ahurissant. L’Histoire nous sert à réfléchir, à nous interroger, à éclairer le présent, à répondre à des question essentielles que l’on peut se poser, sur nous-même et sur les autres. Et oui, la réflexion, c’est fascinant (étonnant, non ?), pas forcément toujours tordant, je le conçois bien, mais est-ce que vous vous extasiez de plaisir à tout instant, à tout propos, vous ?

Là où L. Deutsch tombe vraiment dans un discours plus que douteux, c’est quand il essaye d’expliquer que les faits ne sont importants en Histoire que s’ils appuient ses idées à lui, ses préjugés, ses théories– non pardon, ses « idéologies ». Cet usage léger et désinvolte du mot idéologie ne vous a pas fait tomber de votre chaise, vous ? Je ne suis pas sûr que L. Deutsch ait bien compris tout ce que voulait dire le mot idéologie. Bien la peine d’avoir fait des études de philo… Le problème de ce genre de discours (les problèmes, devrais-je dire), c’est qu’il n’est pas besoin de le tordre beaucoup pour qu’il mènent aux dérives idéologiques, justement, les plus dangereuses. Avec des faits qui ne doivent pas l’emporter sur l’idée », on condamne des innocents aux assises, avec des idées qui sont constitutives d’une réalité, on a la prétention de trouver certaines races et civilisations supérieures, parce qu’on le pense, ce qui en fait forcément une réalité, malgré tous les faits qui démontrent le contraire, mais si l’idée fait le fait…, avec des faits qui ne seraient pris en compte que s’ils appuient une idéologie et écartés s’il les contredisent, on en arrive à théoriser des horreurs, et comment cela s’appelle-t-il en Histoire « quand le jour se lève , comme aujourd’hui et que tout est gâché, tout est saccagé et que l’air pourtant se respire, et qu’on a tout perdu« ? Cela a un très beau nom (ou pas), cela s’appelle le négationnisme.

Ne croyez-vous pas qu’il y aurait dans tout cela largement matière à réagir ? Pourquoi ne réagissez-vous pas ? Pourquoi ne faîtes-vous pas votre travail ? Pourquoi laissez-vous un homme qui professe ce genre d’idées avec un sourire charmeur s’adresser à plus d’un millions de gens et ne trouvez-vous pas matière à critiquer ? Je ne veux pas croire que la machine de guerre économique que représentent L. Deutsch avec ses deux livres (illustré et non illustré), ses DVD, et son projet d’écrire une Histoire de France, soit la raison de votre silence. Avez-vous peur de vous mettre ses lecteurs à dos, sous un faux prétexte d’élitisme ? Et si au lieu de croire que critiquer le Métronome, c’est s’attaquer à eux, à ceux qui l’ont aimé, qui n’ont pas vue le mal, qui n’avaient pas les clés de déchiffrage, et si vous compreniez qu’il s’agit en fait de se battre pour eux. Parce qu’ils ont droit à une Histoire de qualité, à une vulgarisation de qualité (et non à une école du cliché historique et rhétorique qui sclérose, enferme, paralyse la pensée. Il y aurait beaucoup à dire sur le style du livre), à un discours critique de qualité, parce que critiquer, c’est d’abord faire preuve de respect envers leur intelligence.

Alors, quelles sont vos excuses pour ne pas faire votre travail ?

Bien sûr, vous seriez en droit de me rétorquerez : et les historiens, dans tout ça, font-ils leur travail ? En effet, il y aurait beaucoup à dire sur le silence des historiens à ce sujet. Il y aurait beaucoup à dire sur le désintérêt d’une partie des historiens pour la vulgarisation (mais pas tous !), qui ont laissé la place à des vulgarisateurs nocifs comme Gallo, Minc, Ferrant ou Deutsch, tous idéologiquement marqués à droite, plus ou moins réacs. Mais il y aurait beaucoup à dire, aussi, que la place que les médias laissent aux historiens, sur la manière dont ils y sont traités. (Très révélateur, l’engouement des médias, en 2008, pour le livre « Aristote au Mont Saint-Michel » de Sylvain Gouguenheim, ce triomphalisme à découvrir quelqu’un qui rabattaient enfin le caquet de ces vieux médiévistes confits dans leurs convictions et enterrés sous leurs livres poussiéreux. Sauf que l’ouvrage en question était avant tout islamophobe… A l’exception du Monde et du Nouvel Obs, les médias qui avaient encensés Gouguenheim s’étaient assez peu fait l’écho de la révolte des historiens contre le livre. Ce n’était que « querelle byzantine »…) Peut-être les historiens ont-ils perdu confiance dans les médias comme passeurs de leurs idées et de leurs critiques ?

Peut-être aussi n’ont-ils pas bien pris la mesure du « problème Deutsch ». Ne l’ayant pas pris au sérieux au début, ils n’avaient sans doute pas prévu qu’ils toucheraient un million de lecteurs et de téléspectateurs ou que ce livre serait utilisé dans des écoles ( http://www.ac-paris.fr/portail/jcms/p1_225282/conference-des-eleves-du-lycee-turgot-avec-lorant-deutsch ; http://ressources.ecole.free.fr/navig/accueil.htm ) !Peut-être préfèrent-ils s’attaquer à des personnalités plus en vue et qui leurs paraissent plus problématiques . Si Guillaume Mazeau préfère dénoncer, à raison, Michel Onfray, si le CVUH (http://cvuh.blogspot.fr/) préfère analyser les dérives de l’Histoire bling-bling de Nicolas Sarkozy, on ne peut certainement leur donner tort ! Mais ce n’est pas suffisant.

Mais il serait faux de dire que les historiens ne font rien. Il y a des historiens qui protestent, qui travaillent à dénoncer l’imposture de L. Deutsch. Ce ne sont pas des historiens connus, ce sont des historiens qui aiment leur matière, qui aiment leur métier, et très important, qui aiment la vulgarisation. Il serait bien de les aider à faire entendre leurs arguments, car ils sont les mieux placés pour dénoncer l’Histoire malmenée par Deutsch.

Allez voir :

–                      Goliards (http://www.goliards.fr/goliardises-2/oups-jai-marche-dans-lorant-deutsch/ ; http://www.goliards.fr/2012/04/radio-goliards-1-les-historiens-de-garde/),

–                      Histoire pour Tous (http://www.histoire-pour-tous.fr/actualite/58-television/4102-pour-en-finir-avec-lorant-deutsch-et-le-metronome.html),

–                      Vialation (http://vialation.blogspirit.com/archive/2012/04/10/metronome-un-voyage-dans-l-histoire-de-la-television.html ).

Vous y retrouverez relevées les erreurs factuelles de LD (sur le Louvre par exemple http://www.goliards.fr/goliardises-2/lorant-deutsch-louvre-trop/ ), les théories farfelues (Jeanne D’Arc, demi-soeur de Charles VII, les amours homosexuelles de Dagobert et Saint Eloi, dont la chanson sur le culotte à l’envers ne date pas de la Révolution Française, etc.), les passages nombreux et surréalistes où il présente les légendes des saints comme des faits avérés (L. Deutsch ne connaît pas le conditionnel, cela aurait pourtant été fort utile à Saint-Denis pour descendre la Butte Montmartre sa tête entre les mains,), et son obsession à ne vouloir raconter l’Histoire qu’à travers les Grands Hommes, les Rois et les Saints, corollaire de la haine hallucinante que Deutsch à pour le Peuple, menaçant, « violent, sanglant » (4ème de couverture !), destructeur, enragé, nerveux, agité,  » une foule d’artisans toujours prête à exprimer son mécontentement« , les femmes en sont des « harangères (sic) redoutées pour leur violence et leur vulgarité », un peuple qui n’est prompt qu’à une seule chose « les haines populaires » (allez lire l’analyse essentielle de Goliards ! http://www.goliards.fr/goliardises-2/la-revolution-version-deutsch-ou-lhistoire-yop/).

Je terminerai en vous citant Cornélius Castoriadis qui publiait une tribune dans vos pages en 1979, à la suite de la querelle BHL  – Vidal-Naquet : « Sous quelles conditions sociologiques et anthropologiques, dans ce pays de vieilles et grande culture, un ‘auteur’ peut-il se permettre d’écrire n’importe quoi, la ‘critique’ le porter aux nues, le public le suivre docilement — et ceux qui dévoilent l’imposture, sans être nullement réduit au silence ou emprisonnés, n’avoir aucun écho effectif ? » Je me permets de joindre le texte intégral à ma lettre, car sa lecture vous éclairera peut-être. Il ne serait pas idiot de le republier, d’ailleurs. ( http://www.pierre-vidal-naquet.net/spip.php?article49)

Je n’ose espérer que mon courrier trouvera l’écho attendu, mais au fond, je ne vous demande qu »une seule chose, fort simple en vérité :

Mesdames Messieurs les Journalistes et les Critiques, FAITES VOTRE TRAVAIL !

Avec l’expression de mes sentiments de lectrice

{Mon vrai nom qu’on va enlever de ce blog, faut pas déconner} »

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21 Commentaires

Classé dans Action Critique, Histoire, livres

21 réponses à “Splendeurs et Misères de l’Histoire de France

  1. Alexis Seydoux

    Remarquable ; bravo ; j’espère que cela sera publié.

    • Hey, merci ! Le but n’est pas forcément d’être publiée dans les pages de l’Obs, je ne suis pas si naïve, mais si ça peut aider à ce que les médias ouvrent enfin le débat, là, j’aurais réussi.

  2. OSS girl

    C’est à dire que Laurent Joffrin, quoi… Un homme qui s’illustre régulièrement par son courage, un homme devant qui tremblent tous les puissants parce qu’il ne renonce jamais à leur dire les vérités qui fâchent. Ta lettre risque bien de le secouer, mais je ne pense malheureusement pas qu’il soit un grand amateur d’Orangina.

    • Je ne dis pas le contraire Oss girl. Mais j’ai tendance à penser qu’il vaut mieux attaquer les médias qui ont joué le jeu et essayer de les faire réfléchir à leur connerie que ceux qui bien qu’ayant plus d’esprit critique (les Inrocks que je citais) ont décidé de s’en foutrent royalement malgré tout, et où je suis encore plus certaine que la lettre sera mort-née. Je fais en plus appel à « l’histoire » polémique de l’Obs, ça peut avoir du poids (tout petit pois…pardon).
      Mais si je m’en tenais à l’opinion que j’ai des journalistes, j’aurais même pas pris la plume…

  3. Bravo pour ce texte, tout y est !

  4. Aurélien N.

    Avant tout, je dois remercier l’amie qui m’a fait découvrir votre blog et cet article en particulier qui m’a fait réagir. Puisque vous sembliez souhaiter l’intervention d’un historien, je me permets de vous écrire en tant que tel. Oh, je ne suis pas un ponte universitaire ni un auteur à succès de livres d’Histoire. J’appartiens à cette nébuleuse de jeunes chercheurs qui tente de faire de leur passion leur métier. (Et en plus, je suis médiéviste, si c’est pas beau ça !) Déjà, je vous prie d’excuser mon ton un peu formel mais ne vous connaissant pas, ça m’a paru plus prudent de m’exprimer ainsi. N’y voyez aucun orgueil ou pédanterie, juste un profond respect pour votre article et votre lettre qui m’ont beaucoup touché. Tout d’abord, félicitations pour votre coup de gueule !

    « Papa, qu’est-ce que l’Histoire ? »

    Une question banale a révolutionné la discipline historique, il y a près de soixante-dix ans. Marc Bloch s’est appliqué, alors qu’il était résistant pendant la Seconde Guerre mondiale, a écrire sur un carnet, sans notes ni bibliothèque, Apologie de l’Histoire ou métier d’Historien. Dans le même temps, Fernand Braudel, prisonnier de guerre, travaillait sa thèse sur la Méditerranée et le monde méditerranéen à l’époque de Philippe II.

    On est bien bien loin de Métronome. L’histoire-récit a, une fois de plus, montré qu’elle était bien plus sexy et attirante que l’histoire-sciences. Les canons posés par Jules Michelet et Lavisse ont encore de beaux jours à vivre devant eux. Lorsqu’on se place dans la peau d’un lecteur casuel, que ressent-on lors des premières pages de Métronome ?

    On est pris par la méthode innovante de L. Deutsch qui mêle l’histoire des Grands et la petite histoire du quotidien, la station de métro qu’on prend tous les jours. On m’a offert le livre lorsque j’ai quitté « ma » province pour « monter sur » Paris. Et j’ai dévoré alors avec bonheur cet ouvrage. Je n’avais pas besoin d’un de ces livres que je côtoie tous les jours, qui fourmille en sacro-saintes notes de bas de pages, références, renvois bibliographiques, cartes et tableaux statistiques. J’avais juste envie de découvrir la capitale de manière innovante. Et en ce sens, le bouquin remplit parfaitement son pari. S’il est devenu un « phénomène », c’est que L. Deutsch a su trouver les codes pour plaire. A la lecture du livre, on se sent entraîné dans les pas de Philippe Auguste modelant Paris en la constituant capitale de son royaume et en construisant son enceinte, on vit la déferlante violente de la Révolution française, etc.

    En ouvrant ce livre, je savais que j’allais laisser l’historien en moi au placard pour réveiller le naïf avide de belles histoires que je laisse sommeiller lorsque je m’adonne à ma discipline.

    Si je n’ai pas critiqué ce livre en tant qu’historien, c’est que selon moi, il ne mérite aucune critique scientifique ! Métronome dégouline de préjugés et d’à-priori, il place sans complexe Paris au centre de toutes choses dans une visée téléologique. Comme si c’était le destin manifeste de cette ville de régner sur la France et le Monde ! Les approximations, voire les arrangements avec la réalité, sont légions. Bref, d’autres plus compétents que moi ont bien montré que le livre de M. Deutsch ne résiste pas une seconde à la critique historique.

    Mais qualifier Métronome de livre d’Histoire, c’est un peu comme prêter vérité au Da Vinci Code. Mais si, rappelez-vous : Léonard de Vinci fondant le Prieuré de Sion en 1956 !

    Donc, livre plaisant à lire, peut-être. Livre d’histoire ou de vulgarisation, sûrement pas !

    Pourquoi alors n’y-a-t-il pas eu une levée de boucliers de la part des historiens contre un livre bouffi de prétentions historiques mais plein d’erreurs ? Orgueil ? Mépris ? Je n’en sais rien, tout est possible. Moi-même, lorsque j’ai terminé le livre, je l’ai replacé dans ma bibliothèque pour ouvrir ensuite le livre de François Jacques et John Scheid sur Rome et l’intégration de l’Empire. Je n’ai jamais ressenti le besoin de critiquer ce livre. La critique me paraissait inutile. J’y voyais un livre de détente, sans grande prétention scientifique.

    Par contre, son succès en librairie et l’explosion des audiences de la série a de quoi faire dresser des cheveux sur la tête. Cela témoigne que L. Deutsch a exprimé des opinions partagées par une large partie des Français. Louis XVI a été décapité le 21 janvier 1793, Louis-Philippe a abdiqué le 24 février 1848 et pourtant, la royauté fascine encore ! Mieux, les idées royalistes font leur chemin en suivant la rhétorique républicaine. Depuis Lavisse, on apprend en effet que « nos ancêtres les Gaulois » ont bâti les premières fondations de la France, pays existant de toute éternité, la France une et indivisible, forte et éternelle ! Je trouve que M. Deutsch a retourné cette rhétorique de manière admirable pour faire passer ses idées et je salue la prouesse !

    Personnellement, les idées politiques ou religieuses de mes concitoyens ne me dérangent pas plus que cela, à quelques exceptions notables. Ce qui me fait beaucoup plus peur en revanche, c’est de voir comment ces idées peuvent être partagées par un très large nombre. Le manque de critiques suscitées par l’ouvrage, la large réception du public, le « phénomène Métronome », tout cela montre bien à quel point nombre d’habitants de notre pays sont sensibles aux idées conservatrices, catholiques voire puritaines et restent fascinés par les grandes figures. Et ça, … Ça, ça me fait peur, chaque jour un peu plus.

    De voir comment nombres de Français sont enclins à considérer Paris comme le centre du monde, comment ils peuvent être convaincus, même inconsciemment, de la supériorité de notre culture et « civilisation » sur toutes les autres, tout cela me met vraiment mal à l’aise.

    Maintenant un point un peu « coup de gueule » qui m’a fait tiquer dans votre récit : vous dites que l’Histoire ne doit pas être l’apanage des historiens. Chacun peut s’approprier l’Histoire de France pour publier son récit.

    Non mais sans blague !

    J’ai envie de dire : à chacun son métier ! L’Histoire n’est pas une marotte ou un passe-temps, c’est une science avec ses exigences, sa méthode et sa rigueur ! Je n’ai aucune compétence en web-design ou en finance : irai-je leur apprendre leur métier ? Irai-je publier des écrits et des pensées sur quelque chose que je ne maîtrise pas ? Je ne suis pas archéologue : irai-je creuser des trous dans un terrain où on suppose la présence d’une tombe mérovingienne quitte à tout détruire par inadvertance ?

    Mais bien sûr que non !

    Alors pourquoi le « privilège » d’Histoire doit-il être enlevé aux professionnels de la matière ? Pourquoi ce besoin de faire de l’Histoire un bien public, que tous peuvent manier à l’envie ?

    Parce que si tous peuvent le faire… Vous obtenez Métronome et d’autres vulgarisateurs idéologiquement très marqués. Et on ne peut rien leur dire ! Ils ne font qu’utiliser librement l’Histoire. Si on accepte que l’Histoire soit reléguée de « science » à « jouet », on ouvre la porte à toute une déferlante nauséabonde et à des instrumentalisations de l’Histoire aussi risibles que dangereuses.

    Pour qu’il y ait une vulgarisation historique correcte, il faut décomposer le travail. Le chercheur est celui qui analyse, fouille, produit. Mais ses découvertes ne peuvent, sauf exceptions notables, être transmises telles quelles. Il doit faire appel à un médiateur qui simplifie son discours, le rend plus compréhensible pour les non-spécialistes en en rédigeant une synthèse par exemple. Enfin, le vulgarisateur peut intervenir en travaillant à partir des travaux des chercheurs et médiateurs. Chercheur, médiateur et vulgarisateur peuvent être la même personne, mais il est rare de trouver quelqu’un qui peut à la fois maîtriser les codes du récit scientifique et de celui à destination du grand public.

    Mais pour médiation et vulgarisation puissent se faire sainement, tous doivent mettre de côté préjugés et agir en historiens. Ils doivent respecter la démarche scientifique qui est au fondement de l’Histoire et ne pas l’instrumentaliser pour satisfaire des égos personnels. Ca paraît trivial et facile à dire mais les expériences récentes montrent combien on en est encore loin.

    Je vous remercie en tout cas de m’avoir donné l’opportunité de vous répondre. Sachez que, si ma réponse vous a intéressée ou a éveillé en vous des questions/remarques, je serai ravi d’en discuter avec vous.

    Je vous souhaite une bonne continuation, en espérant que vous ne perdrez jamais votre révolte et votre critique acérée.

    Bien à vous,

    Aurélien N.

    • Merci pour cette réponse passionnante et passionnée !

      Je n’ai malheureusement pas le temps aujourd’hui de vous répondre sur tout, mais je voudrais répondre sur le point de l’Histoire aux Historiens (mais ça vaut pour toutes les matières). Je crois sincèrement que l’on n’a pas besoin de faire métier d’historien pour être un bon historien. Les sciences qu’elles soient humaines ou autres s’appuient sur une méthode d’analyse précise, méthode que tous les vulgarisateurs nocifs oublient superbement, ce qui en fait de mauvais historiens (voir pas des historiens du tout, le débat pour savoir si Deutsch a fait une fiction ou un livre d’Histoire est ouvert et pas près d’être fermé). Je crois que l’on peut faire de l’Histoire si l’on accepte d’appliquer ces méthodes, et qu’il n’y aucun mal à être qualifiés d’historiens si on fait un travail d’historien. Un amateur qui maîtriserait le design aussi bien qu’un professionnel n’en serait pas moins digne d’éloges. Cela n’enlève rien à la préséance des historiens de métier qui ont un bagage de connaissance infiniment supérieur et qui travaille sur l’Histoire au quotidien. Je crois qu’il y a de la place pour les deux.

      Encore merci !
      (pardon, pardon de ne pas développer plus, mais faut que je me sauve 🙂 )

      • Aurélien N.

        Merci pour votre réponse ! Je suis content qu’elle vous ait plu.

        Alors, juste une chose. Si pour vous, un Historien est quelqu’un de forcément rémunéré, payé pour faire de l’Histoire, vous faites en partie fausse route. Ceci voudrait dire que, jusqu’à la thèse, on ne peut être qualifié d’Historien ! L’Historien n’est pas forcément professionnel. Et inversement, tous ceux qui se targuent d’être des Historiens professionnels peuvent ne pas agir en historiens et profiter de leur situation pour faire passer leurs idées et leurs préjugés avant les exigences scientifiques de la matière.

        L’Histoire doit rester une science sociale, une science injustement qualifiée de « molle » mais une science tout de même. La différence avec les autres est qu’on ne fait pas l’Histoire en étant forcément rémunéré. La communauté historienne est potentiellement ouverte à tous, pour peu qu’ils choisissent d’appliquer les méthodes et la démarche scientifiques.

        Ce que je voulais dire, c’est qu’il faut avoir en quelque sorte le courage de ses actions et faire de l’Histoire en tant qu’Historien. Il ne faut pas la faire à moitié ou dire « je fais de l’Histoire pour mieux vendre mon produit ». Il faut avoir l’esprit de rigueur nécessaire et faire de l’Histoire en historien.

        Je ne sais pas si je suis très clair. Mais pour moi, l’Histoire doit rester l’apanage des historiens, qu’ils soient professionnels ou non. Elle exige une honnêteté. Si cette honnêteté n’est pas présente dans les travaux d’un individu, alors il ne peut prétendre à faire de l’Histoire, ni a fortiori, être historien.

        En tout cas, merci pour votre réponse ! Si jamais vous souhaitez en faire une plus complète, ce sera avec plaisir que je la lirai.

      • En fait, nous disons la même chose 🙂 Par Historien de métier, je parlais de ceux qui avaient suivi ou suivaient des études, pas forcément ceux qui sont payés,, mais sur le fond, nous sommes complètement d’accord.

  5. Clémence

    Merci d’ouvrir (un petit peu) les yeux aux gens comme moi, qui ont lu le Métronome, qui ont vu les documentaires, et qui ne réagissent pas en lisant que Clovis était athée, que Jules César a homogénéisé l’hexagone ou que les Goths ont créé le style gothique. Malheureusement l’Histoire m’intéresse plus aujourd’hui qu’à l’époque et du lycée et j’en vois les conséquences. Moi je ne connais pas Braudel, Guizot, Michelet, Henri Martin, Ferro (que je vais m’empresser de lire) mais je suis designer et je peux attester de la qualité désespérante des images de synthèse utilisées dans ces émissions. J’aime beaucoup le Moyen-Age, et je suis toujours déçue quand il est représenté gris et boueux, comme dans le dernier épisode où l’on voit deux femmes acheter des rats au marché. Merci Wataya! Je continuerai à écouter avec vous Emmanuel Laurentin tous les matins pour enrichir mes connaissances, et à suivre votre blog pour garder mon esprit critique et alerte.

  6. Merci, merci ! Je retrouve dans cet article TOUS les points sur lesquels j’ai attaqué « Métronome » (après l’avoir feuilleté à la Fnac) dans de nombreuses discussions avec des gens qui me demandaient : « Mais c’est quoi le problème de ce livre ? »
    Dans mon cas, je suis historienne de l’art de formation, médiéviste, et le passage sur le gothique et la « victoire » du Nord sur le Sud m’a tout simplement estomaquée … Comme vous dites, les relents idéologiques d’une telle remarque sont particulièrement nauséabonds !

    Je suis moi aussi consternée par l’absence de riposte de la part des historiens, d’autant qu’ils sont nombreux en France à faire oeuvre de vulgarisation et que je m’attendais au moins à une petite réaction, histoire de ne pas se laisser discréditer. Maintenant, dès que j’explique ce que je reproche à « Métronome », on me rétorque souvent : « Oui mais l’Histoire, il faut bien la simplifier pour la rendre plus accessible, parce qu’on n’est pas tous hyper cultivés comme toi, on ne peut pas tout connaître » …
    Outre le fait que cette remarque fait encore passer les historiens pour des « intellos » incompréhensibles et inutiles (ah les bons vieux clichés !), elle montre que les dérives de la simplification « à la Deutsch » (ou à la BHL, peu importe) passent trop facilement inaperçus chez trop de gens. Amis historiens, que faites-vous ?….

    • De rien 🙂 et merci d’avoir lu et pour ce commentaire.

      Oui, c’est terrible de s’apercevoir qu’il a déjà fait des dégâts. J’avoue que je ne comprends pas le silence des historiens…

      • Aurélien N.

        Oh une historienne de l’art de surcroît médiéviste ! Je tire le chapeau et déroule le tapis rouge. D’ailleurs, quelle était (est) votre spécialité, Juliette ?

        Ben, en temps qu’historien, j’avoue avoir d’autres chats à fouetter que passer mon temps à démonter une par une les élucubrations d’un écrivain. Ce serait quelque part lui donner trop d’importance et lui accorder une valeur scientifique, ce qu’il n’a absolument pas.

        Et puis … Les lecteurs de Métronome souhaitent rêver, sans doute pas voir leurs rêves et leurs préjugés de grandeur de la gloire parisienne réduit à néant par une critique historique pointilleuse. Les réactions qu’engendreraient une critique historique trop poussée risqueraient d’avoir l’effet inverse qu’escompté.

        Mais ce n’est que mon avis … Sincèrement, je préfère m’intéresser à des ouvrages récents d’historiens qui secouent les méninges qu’à ce genre de littérature qui pullule tous les jours.

        Parce que sinon, il faudrait en déconstruire des mythes. Allez, au hasard: Jeanne d’Arc, Templiers, Cathares, Francs-Maçons, Sorcières, Inquisition, sémiologie, etc. Croyez-moi, on ne manque pas de boulot intéressant ! (Oui, ça sous-entend que critiquer historiquement Métronome serait plus pénible qu’autre chose puisque ça reviendrait à rabâcher encore et encore ce qu’on connaît de notre histoire et qui a été détourné par l’auteur).

        Bien à vous

  7. @Aurélien : Je suis spécialiste des arts du métal à l’époque viking (VIIIe – XIIe siècle) en Irlande et en Angleterre (si si, ça existe !), j’ai fait mes recherches sous la direction de Jean-Pierre Caillet à l’université de Nanterre.
    Justement, mon travail a consisté à démonter un gros cliché qui s’attache à l’art de cette période soit-disant obscure. Par exemple, des années 1930 à 1990, les chercheurs irlandais ont un peu « stigmatisé » la production d’époque viking en la déclarant grossière par rapport à celle du VIIIe siècle (« l’âge d’or » de l’art irlandais chrétien avec éléments celtiques prédominants, le « vrai » héritage de la nation irlandaise), ce qui n’est pas du tout le cas chez les spécialistes anglais qui semblent assumer parfaitement le côté hybride de leur production à cette époque-là ^^ (Comparaison intéressante, donc !)

    Du coup, je suis toujours très remontée quand j’ai affaire à des simplifications historiques au nom du « ludique », du « rêve » ou d’idéologies plus douteuses et inavouées … (Pourtant j’aime beaucoup rêver, mais j’essaie de faire la part des choses !)
    Je pense que l’attitude de Deutsch, qui se prétend être un bon vulgarisateur plus accessible que les intellectuels (mais qui fait un travail sans aucune méthode d’historien ni objectivité), nuit aux spécialistes et les déprécie auprès du grand public, ce qui contribue à créer un fossé entre les deux. Et ça me chagrine vraiment de voir qu’autour de moi, beaucoup de gens vont plus spontanément donner raison à Deutsch, ne pas chercher plus loin et finir par taper sur les spécialistes …

  8. « Parce que sinon, il faudrait en déconstruire, des mythes. Allez, au hasard : Jeanne d’Arc, Templiers, Cathares, Francs-Maçons, Sorcières, Inquisition, sémiologie, etc. Croyez-moi, on ne manque pas de boulot intéressant ! »

    = Je crois justement qu’une grande partie du travail d’historien constitue à déconstruire ces mythes, forgés pour plusieurs raisons (et pas toujours les meilleures). A ma petite échelle je me suis attaquée à celui des Vikings et des « gros barbares » du Haut Moyen Âge obscur et inculte (malheureusement c’est une vision qui prédomine), c’était déjà un gros boulot mais ça m’a bien montré qu’il est nécessaire de faire des analyses comme ça, et que c’est un travail permanent … Notamment parce qu’on est souvent confrontés à des gens, écrivains hyper médiatisés ou politiciens pour ne citer que deux exemples, qui récupèrent constamment l’Histoire de manière pas franchement reluisante.

    • Aurélien N.

      Désolé du temps de réponse.

      J’ai récemment pensé à vous quand j’ai vu à la Tour Saint Jean à Paris le livre de Métronome trôner sur une étagère à côté de livres de vrais historiens tels Danièle-Alexandre Bidon ou Bertrand Schnerb.

      En tout cas, votre sujet est vraiment génial et m’intéresse beaucoup ! Si j’ai l’occasion de lire vos travaux et recherches, ce sera avec énormément de plaisir et d’intérêt !!

      Je suis cependant moins convaincu que vous du rôle social de l’Histoire. C’est vraiment quelque chose de franco-français de penser que l’Histoire fait l’identité d’un peuple. Si François Mitterand a dit un jour qu’un peuple qui n’a pas d’Histoire est condamné à disparaître, les Anglais n’ont pas la même approche des choses. D’ailleurs, 44% des jeunes de 11 ans pensent que Winston Churchill est un personnage mythologique au même titre que Ulysse. Et ça ne les empêche pas de vivre.

      Je ne vais pas le nier : j’aime aussi déconstruire des mythes. Mais c’est justement la partie « facile » du travail de l’historien. Il suffit de se plonger dans les textes pour remettre en question les assertions généralistes et les idées reçues. Mais ce n’est pas mon travail. Je dois avant tout faire avancer (à mon niveau et dans ma spécialité) la recherche dans un domaine précis. Faire en sorte que mes travaux posent quelques jalons pour que d’autres s’en servent, montrent les erreurs que j’ai pu faire et poussent plus loin les investigations.

      Après oui, on peut faire évoluer notre rôle et essayer de combler ce fossé entre recherche et vulgarisation. Ca serait vraiment profitable pour tous que les historiens fassent oeuvre de vulgarisation et ce, sans que l’ensemble de la communauté ne leur jette la pierre. Je veux dire qu’il est dommage qu’il ait fallu s’appeler George Duby, Jacques Le Goff ou Emmanuel Le Roy Ladurie pour pouvoir faire de la vulgarisation sans passer pour un historien de seconde zone.

  9. Veritas

    Occupez vous plutôt de défendre correctement votre discipline auprès des autorités de l’État français pour qu’on y enseigne correctement la vérité mais il est plus facile de s’en prendre à Lorant Deutsch qui n’est qu’un saltimbanque qu’à la mafia de l’Education « Nationale » et à ses sbires. S’il n’y a aucune réaction des historiens , c’est qu’ils savent que LD a raison.

    • Wataya

      In vino veritas ?

      Si vous aviez pris le temps de lire ce que j’ai écrit (mais peut-on en demander autant de la Brigade Royaliste de Protection de Lorant Deutsch ?), vous auriez remarqué que je n’ai JAMAIS dit que j’étais historienne. Au contraire, je me suis placée sur le plan où prétend se placer LD : une passionnée d’Histoire. Et c’est en tant que telle que je m’élève CONTRE lui. Et je m’élève contre cette idée qu’il existe une « vérité » qui serait méconnue. La vérité pure et dure, ça n’existe pas. Il existe des faits et des interprétations, forcément subjectives, (même lorsqu’on essaye d’être impartial) qu’on en fait. Ce que vous demandez, c’est qu’on enseigne les interprétations de Deutsch plutôt que les interprétations actuelles. Sauf que les interprétations de Deutsch sont, selon ses propres dires, au mieux des faits qu’il choisit pour appuyer ses théories en mettant de côté ceux qui les contredisent, au pire des idées et des idéologies qu’il place au dessus des faits. Ça n’a rien à voir avec l’Histoire, ça. Si les historiens ne s’élèvent pas contre lui… euh mais attendez, si, en fait. Goliards, Histoire pour Tous, Vialation : ce sont des historiens.

      De toutes façons, votre rapport à Deutsch est curieux : s’il « n’est qu’un saltimbanque » comment peut-il avoir « raison » ? Au niveau argumentatif, c’est troublant… A côté de ça, vous comparez l’Éducation « Nationale » (j’ai pas compris l’usage des guillemets, soit dit en passant) à une « mafia » avec des « sbires ». Pardon, mais on parle bien d’une organisation criminelle, qui contrevient à la loi, tue, organise des attentats, rackette, construit des empires financiers basés sur le crime… ? C’est bien à ça que vous comparez l’Éducation Nationale ? Maaazeeette… parler politique avec des gens comme vous, ça ouvre des horizons étranges.

    • Aurélien N.

      Cher Veritas,

      Votre verve est manifestement plus alerte que votre connaissance des méthodes historiques. Celles-ci imposent en effet le croisement des sources, la distance critique et tout un tas de notions barbares qui me donneraient un air de pédanterie irritable si je venais à vous les mentionner.

      Aussi, en tant qu’historien et enseignant qui sait que l’art de bien enseigner est celui de bien répéter, je me permets de vous citer un mot que j’ai glissé dans un commentaire précédent. Je m’excuse auprès de tous ceux qui lisent les billets de Wataya et les commentaires et qui détestent les répétitions inutiles mais cela me paraît indispensable.

      Si les historiens – et moi le premier – ne critiquent pas M. Deutsch, c’est peut-être parce que « nous » avons d’autres chats à fouetter que passer notre temps à démonter une par une les élucubrations d’un écrivain. Ce serait quelque part lui donner trop d’importance et lui accorder une valeur scientifique, ce qu’il n’a absolument pas.

      Je n’ai pas envie de parler politique ou de grandes idées avec vous. Je veux juste vous conseiller vivement la lecture de l’ouvrage indémodable de Marc Bloch : Apologie pour l’Histoire ou métier d’historien. Cela vous permettra de saisir ce qu’est la science historique et votre erreur d’appréciation actuelle.

      Bien à vous.

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