Phénomène 1Q84

Quand ma mère lit dans le métro, c’est inratable — presque magique –, il y a toujours quelqu’un pour lui parler du livre qu’elle a dans les mains. A l’opposé, je dois avoir l’air sauvage ou pire, on ne m’adresse jamais la parole, quand bien même je lirais L’Elégance du Hérisson, livre qui en a engagé, des conversations « passionnantes ».

Je vous laisse imaginer l’effet que ça peut faire, du coup, quand deux jours de suite, j’ai été interpellé par deux personnes différentes, intriguées par mon choix de lecture.

C’est ça, l’effet 1Q84. Ou plutôt, c’est l’effet Murakami. Ce n’est pas forcément le livre qui a le plus remué la presse jusqu’au jour de sa sortie, si ce n’est pour recracher tout mâché ce qui avait été dit 100 fois par 1000 journaux étrangers, « 1Q84 le phénomène littéraire au 4 millions d’exemplaires vendus au Japon, gna gna gna… » (rajoutez quand même une bonne part de conneries, ce n’est pas un article Paris Match pour rien : Murakami a TOUJOURS été une star au Japon. Il a TOUJOURS eu un succès fou. « Une brebis galeuse dans le petit landernau de la littérature japonaise », tu parles ! Le landerneau japonais est au moins aussi important que le landerneau français, voir plus 🙂 Et des articles du même tabac, il y en a eu à la pelle.).

Franzen a plus fait parler de lui en Août.
Franzen, le dernier néant littéraire de l’Amérique, dont on célèbre comme une vertu d’écrivain, l’ego surdimensionné (Monsieur a toujours su qu’il été un génie… Monsieur pense que faire une roman sur la famille aujourd’hui sans parler de drogue est ridicule, preuve d’une absence de talent littéraire, sans qu’il soit bien clair pour le futur écrivain quels sont les sujets qui sont maintenant tout à fait obsolètes et que l’on peut arrêter de traiter en littérature, à moins d’être rabaisser au niveau de Barbara Cartland. Monsieur aurait bien fait marrer Balzac, qui en aurait un portrait aux petits oignons)

On a aussi beaucoup parlé du dernier « premierroman » français en date (le « premierroman » est un genre littéraire assez récent, jusqu’à la fin du 20ème sicèle, on en avait un peu que foutre) qui viendra prendre la place des Bienveillantes dans la liste des livres « qu’y vous faut lire, bon sang de bois, pasqu’y a une ambition de guedin derrière ! Ca parle des gué-guerres du Vingtième siècle, donc forcément : chef-d’oeuvre… », à savoir L’Art français de la guerre d’Alexis Jenni.

Car oui, vous l’ignoriez encore, un premier roman qui déborde d’ambition littéraire répond à 3 obligations :
1- il sera gros, énorme, orgiaque, le roman court n’est plus à la mode, il faut des presse-papiers ou rien. Du coup, moins il sera consciencieusement éditer par un éditeur, mieux ce sera.
2- il doit se passer au 20ème siècle. Le 21 ème, le maintenant, le tout de suite, on s’en branle, siècle de merde, le seul qui compte c’est le 20ème (ça en dit énormément sur l’ego des critiques, ma foi). Ce qui se passe avant le 20ème n’est pas e la littérature, cette idiote de Marguerite Yourcenar peut aller se rhabiller, elle n’a écrit que des romans de gare.
3- il faut parler des noooombreuses guerres du 20ème siècle. Si vous arriver à caser la 2ème guerre et la décolonisation, comme Jenni, vous avez remporter le pompon. Ca fait court d’histoire de Terminale et alors? C’est un « roman ambitieux« .
Moi je croyais qu’un roman ambitieux, c’est un roman qui ambitionne de faire de la littérature…. Mais je dois avoir été corrompue par mes études de Lettres. (oui je m’énerve et je m’éloigne un peu de notre sujet Murakami, mais le magma de conneries que j’entends…).

Murakami, par contre, on en parlait par la tangente, une rumeur persistante d’un Grand Roman qu’il faudrait lire, un truc qui avait eu tellement de succès, qui s’était mieux vendu que Harry Potter, un auteur promis au Nobel (Ah bon ? Parce qu’il y a des gens capables de déterminer ce qu’il faut pour être nobelisable ? Un point commun peut-être en Sartre, Pearl Buck et  Bashevis Singer ? Un point commun alors entre ceux qui auraient dû l’avoir mais ne l’ont pas eu : Brecht, Borgès, Nabokov,… ?).

Pas grand chose sur le livre, paru en traduction allemande l’an dernier (mais qui parle encore allemand dans ce pays ?), pas encore de traduction anglaise (la traduction française la devance de quelques mois) et des éditions Belfond qui fond de toute évidence de la rétention d’informations (ou alors qui n’ont même pas lu le roman qu’elles publient : à lire la 4ème de couv’ transparente comme un verre d’eau, la question se pose vraiment). Comme si le livre en lui-même était de peu d’importance. Et ça marche, me direz-vous, car ce livre, ça fait deux ans que j’attends qu’ils soit traduit sans avoir la moindre idée de ce qu’il raconte.

Et puis la semaine de sa sortie (le 25), d’un seul coup, une avalanche d’article sur Murakami, tiens vaguement le livre aussi, mais Murakami surtout. Une opération marketing du feu de Dieu, un sans-faute, non vraiment. Murakami, comment passer à coté, quand pendant 7 jours à 10 jours, son nom est martelé à coup d’articles tous plus redondants, béats, et, disons-le, fort mauvais. Au final, Murakami aura eu plus de presse que n’importe qui d’autre. Même si bien sûr, personne ne l’a lu…

Un exercice amusant — ou flippant, selon le point de vue, et si j’étais Murakami, je serais flippée — est de relever les titres des articles consacrés au livre… qui ne sont JAMAIS consacré au livre, mais seulement à son auteur (« oui, 2 tomes, pfff ! Faut les lire en plus ?! »), et qui relèvent d’un cliché et d’une bêtise époustouflants de naturel (avec un peu de préjugés sur les japonais forcément bizarres, sinon, ils ne sont pas des vrais japonais : à ce propos, l’édito d’Amélie Nothomb sur le sujet tombe assez juste). Florilège :

« Le tsunami Murakami » (Nouvel Obs) avec en prime l’interview intégrale de Murakami ici (la seule accordée en France, si je ne m’abuse).
« Haruki Murakami, l’écrivain des deux mondes » (Figaro) avec une caricature d’un mauvais goût transcendant.
« Murakami, prophète en son pays » (Le Monde)
« Murakami, un auteur en quête d’espoir » (La Croix),plus une critique
« Murakami, l’ange du bizarre » (L’Express)
« La Magie Murakami » (Fluctuanet)
« Le fantastique ‘pavé’ d’Haruki Murakami » (Ouest France) : euh, h aspiré, peut-être, non ?

Je ne connais pas un seul écrivain français ou américain qui ait eu un jour droit à autant de guimauve peu inspirée.

Je donne une bonne note aux Echos pour avoir oser le C’est quoi ce Q, à l’aune de l’inanité des confrères, c’est une belle performance. (A l’aune de mon intelligence, ça creuse une tombe…, mais il faut faire des compromis dans la vie, non ?)

Si vous ne devez lire qu’une seule critique : Télérama, sans équivoque. Pourquoi ? C’est très simple : Marine Landrot est la seule critique à avoir lu le livre. Ou qui fait le mieux semblant…
EDIT : tiens, et puis lisez l’article de Libé aussi. Même raison.

PS : Le livre, que j’ai commencé, est très prometteur. (c’est mon premier Murakami).

Notes d’après lecture : J’attends d’avir lu le tome 3 pour éventuellement faire ue critique, mais je suis mitigée. Le premier tome est mieux que le second, s’il ne fallait en lire qu’un… mais ça n’aurait pas de sens.

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Classé dans Action Critique, book challenge, Japon, littérature, livres

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