Mac XVII : peut-on sauver l’histoire à la télé ?

Chaque fois qu’il y a une émission avec Deutsch à la télé, comme l’incroyable tartine de pommade colorée aux paillettes rose glamour qu’on lui a collée dans les cheveux hier soir sur France 2, j’ai un petit pic dans mes stats. Je pourrais rebondir sur cet incroyable moment de connerie télévisuelle, mais ma vie est trop courte pour critiquer une émission où, à la suite d’une métaphore débile d’un historien débile méprisé par la moitié de la profession, une pseudo présentatrice qui gagne en une émission ce que je gagne en 2 ans et prépare son Noël chez Fauchon, s’exclame qu’elle adore le pâté de chevreuil (Deutsch) et emmerde les gens qui bouffent du foie gras (les historiens de profession). Ce fut un grand moment, un magnifique feu d’artifice de naufrage de l’intelligence humaine qui, je crois, se suffit à lui-même. Il faut savoir ne pas casser la magie quand elle est à ce point bling-branque.

Je vais donc plutôt me concentrer sur la nouvelle émission d’histoire de M6 passée mardi : l’Histoire au quotidien, consacrée cette semaine aux Français sous Louis XIV.

Et donc : aïeuh… un peu.

Pourtant, ça part d’une bonne idée : prendre un vrai vulgarisateur, Mac Lesggy, qui fait un travail de vulgarisation avec les sciences assez décent avec E=M6, qui ne s’est jamais trop pris au sérieux (ce qui est soulagement sans nom par rapport à Bern et à Ferrant sortis de la cuisse de Minerve sortie de la tête du Jupiter), et qui a toujours su exprimer un plaisir communicatif au plaisir de la découverte. C’est autre chose que Ferrant faisant un orgasme parce qu’il a le testament de Marie-Antoinette entre les doigts : entre curiosité et idolâtrie, mon choix est vite fait.

Par ailleurs, Lesggy a toujours aimé mettre les mains dans la cambouis, c’est à dire essayer, expérimenter par lui-même. Dans cette émission, il s’habille en différents habits du XVIIe siècle (paysan et courtisan), dort sur une paillasse, teste le battage du linge comme les lavandières, les sangsues médicinales, le menuet, la nourriture, etc. Je suis moi-même pour ce genre d’expériences d’histoire vivante  à la télé, parce que ça a l’avantage de dépasser le stade d’abstraction qui est souvent un mur pour n’importe qui de non-spécialiste (parlez-moi ingénierie virtuelle ou montrez-moi le montage d’une maquette, je sais ce qui m’aidera le mieux à comprendre le schmilblick). Et c’est surtout une manière ludique d’aborder l’histoire à la télévision, ce qui est mieux que de passer des extraits de films (grave travers dont, malheureusement, même cette émission abuse), et qui prouve que l’histoire c’est fun.

Autre élément positif : le choix de plusieurs historiennes femmes et plus ou moins jeunes pour apporter la caution scientifique. Bon on en reparlera, parce qu’évidemment ce n’est pas si génial que ça, mais ça a le mérite de montrer que les historiens, ce ne sont pas que des vieux chameaux filmés à la bibliothèque Mazarine (formidable bibliothèque de recherche et formidable ambiance XVIIe tue-l’amour) ou les éternelles deux mêmes historiennes à colliers de perles dont on ne citera pas le nom, par égard pour leurs perles.

Hélas… c’est un peu là que s’arrêtent les gros compliments.

Premier problème : l’émission a du mal à assumer son parti-pris. Si on fait l’histoire de la vie quotidienne des Français, on ne se tape pas Louis XIV, les fêtes et la construction de Versailles en parallèle. On peut à la limite faire la vie à la Cour, et donc la vie des courtisans, mais on oublie la chiasse publique du roi ou sa typhoïde, et tout le bastringue politique. Sauf quand ça influence directement le quotidien. Ce qui n’est évidemment pas toujours le cas dans l’émission.

Deuxièmement, la volonté de toujours comparer tout élément « choquant » du quotidien d’il y a 350 ans avec la vie d’aujourd’hui est débile. J’avoue avoir attendu le moment où l’on s’extasierait sur l’absence de smartphone chez les paysans bretons de 1660. On est là moins dans la vulgarisation de l’histoire du XVIIe siècle, que dans la vulgarisation du « on a trop d’la chance d’être nés après les années 90, dans notre beau pays de France blanche et riche. » (Parce qu’évidemment, dans leurs comparaisons, ils ont soigneusement oublié que l’une des causes de décès principales au XVIIe, la tuberculose, est toujours l’une des causes principales de décès dans le monde en 2014…)

Ce qui m’amène au troisième point : cette émission en prime time, la veille d’un mercredi, s’adresse à des gosses. Tous les trucs évidents que même l’adulte le plus mauvais à l’école a quand même retenus, sont expliqués comme des trucs incroyables. Mais v’rendez-compte, z’avaient pas l’eau courante. Hu-hu…? Pourquoi pas, après tout. Une émission pour les gosses, ça fait très Jamy et C’est pas sorcier, ça ne peut pas faire de mal. Sauf qu’ils l’ont marketées comme une émission pour adultes. Et là ça devient beaucoup plus gênant. Parce que c’est une émission infantilisante, où les explications sont souvent fort simplifiées pour ne pas abîmer les petits cerveaux avec trop d’informations d’un coup. Vulgariser ne veut pas dire mépriser l’intelligence du public. Simplifier la forme, pas le fond. Répétez : SIMPLIFIEZ LA FORME, PAS LE FOND.

Et niveau qualité historique ? C’est vieux, ça date, c’est conservateur. On en est toujours à : « A Versailles on pissait partout, les gens étaient sales ». Ayant croisé un type pissant contre un mur à la sortie du métro pas plus tard qu’aujourd’hui, j’ai un doute sur l’évolution hygiénique du Français de base, mais pas sur Versailles, qui avait des latrines publiques, qui puaient à 200 m, certes, mais qui existaient bel et bien. Les paysans faisaient paraît-il la lessive 2 fois par an… Du grand linge, patate, du grand linge ! Les draps, les nappes, les serviettes, les torchons… On ne bâtit pas des lavoirs en pierre pour s’en servir deux fois l’an. On lavait le linge de corps plus souvent, même chez les « pouilleux ». Oui, parce que, ne soyons pas naïfs, l’idée reste malgré tout, désespérément, de nous prouver que le pauvre était pouilleux. Les pauvres sont sales parce qu’ils sont sales. Ils ne font la lessive que deux fois l’an et n’ont que deux chemises. Les nobles sont sales parce qu’ils ont de fausses conceptions sur l’hygiène, avec longues théories à l’appui. (théories incomplètes et partiellement fausses, mais largement développées cependant, contrairement au pourquoi du comment de l’hygiène des paysans). Le noble est égaré dans son ignorance, le pouilleux est pouilleux.

C’est de manière générale assez caricatural. La vie des paysans très pauvres VS la vie des nobles très riches (pas de nobles pauvres ou de province) et surtout la vie de Versailles et du roi. L’intermédiaire, basta. La nuance, trop chiant. Et finalement, ces réalités du XVIIe paraissent tellement surjouées par cette opposition grossière qu’elles en sont moins crédibles. Mais on peut leur accorder que le sujet est difficile à traiter en 1h40, surtout quand on prétend avoir l’intention de  TOUT dire d’un coup. Focaliser sur un aspect de la vie quotidienne plutôt que d’enchaîner les vignettes sur la maison, la lessive, l’hygiène, la médecine, la chirurgie, la danse, les arts, la cuisine, la mode, la guerre, ça rendrait tout ça beaucoup plus facile. Et ça permettrait de ne pas « oublier » malencontreusement par manque de temps (et d’envie ?) certains aspects, comme les colonies et l’esclavage…

Ne parlons pas (trop) des explications absurdes qui dépassent ici et là. Exemple : non, on ne mangeait pas la patate, parce qu’on était trop bête pour la faire cuire et découvrir qu’elle était bonne pour tous et pas que pour les cochons. Hum. Ou alors, c’était un tubercule moche dont on s’est d’abord dit qu’il n’était pas comestible pour l’homme. Hein ? Par exemple. Il y a plein de raisons pour laquelle on ne s’est pas tout de suite mis à la patate, pas plus qu’à la tomate ou à la fraise. Les insectes sont comestibles : vous en mangez quotidiennement pour autant ? Bon. Alors l’argument de « oh ben ils y ont pas pensé »… pffff… Autre exemple : le fait qu’à la campagne, on n’a pas le temps pour l’infidélité et les mauvaises moeurs, le « papillonnage » (comme c’est joliment dit…). Ben non, les filles-mères, c’est un mythe. Breeeef…

Il y a aussi cette pesante présence du roi, dont chaque élément de la vie quotidienne des Français semble naître avant d’y revenir. L’épisode de la fistule anale de Louis XIV est intéressant à ce sujet : d’après ce qu’en a compris 20 minutes, l’émission rappelle « les progrès de la chirurgie grâce à l’opération de la fistule anale du Roi-Soleil. » C’est à la fois vrai et faux, mais à en croire la manière dont le présente l’émission, la médecine a bondi grâce à cette pauvre fistule royale. Que les instruments existaient avant, qu’ils n’ont été qu’améliorés, qu’ils ont d’abord été testés sur des dizaines de miséreux, avant de soigner le roi, ce n’est précisé qu’au détour d’une phrase qui célèbre la résistance de Louis XIV à la douleur. Et que cette médecine révolutionnée mettra plus de deux siècles avant d’être appliquée à tous, l’émission se passe de le dire. Or, qu’est-ce que le réel progrès de la médecine si ce n’est de soigner le plus grand nombre ?

Je ne dirai pas un mot sur l’histoire du costume, ma spécialité, je risquerais d’être vraiment grossière sur la bêtise de la majorité des propos… Mais vraiment, foncièrement, méchamment vénère.

Et les intervenants ? Ben comment dire… On a donc des historiennes relativement jeunes de leurs personnes, et relativement vieilles de leurs cervelles : en effet, l’une d’elle est une anti-mariage pour tous qui pense que laisser se marier les homos, c’est une « révolution anthropologique fondée sur une fausse idée de l’égalité » (non, Cosette, c’est un bout de papier pour les impôts et l’héritage). Tout de suite, ça refroidit pas mal, et donne une nouvelle conception de son « titre » de spécialiste de l’histoire de la famille. Et puis il y a aussi l’inévitable, l’inénarrable, l’éternel Petitfils. Je rêve du jour où l’on affichera la vraie profession de Petitfils à l’écran, qui n’est donc pas historien, mais banquier. Qui écrit pendant ses week-ends des livres d’histoire qui sentent le recrachat d’historiographie du XIXe siècle, et qui n’a jamais vu l’intérieur du CARAN. Qui décrit dans son Louis XVI des manifestantes/émeutières avec le mot « goules », parce qu’il ne fait pas bien la différence entre l’histoire et la fiction. Où est l’originalité par rapport à l’émission d’un Bern ou d’un Ferrant, si vous prenez les mêmes banquiers pour faire tapisserie intellectuelle ?

De toute façon, à part pour l’une d’entre eux (si l’on excepte aussi celle qui co-présente avec Lesggy), la plupart des intervenants sont réduits par le montage à énoncer des banalités sans nom. C’est assez pathétique.

Petit bon point, quand même, à l’historien de l’architecture, Alexandre Gady, qui parle d’une manière un peu plus cash que les autres (« Versailles, c’est le showroom français »). Je valide tout ce qui aide à montrer que les historiens sont des gens modernes, normaux, et capables de s’adresser à un public non érudit (c’est à dire, tout le contraire de ce sur quoi un connard comme Lorant Deutsch fait sa pub pour, rappelons-le, juste vendre ses livres en cassant de l’historien).

Alors, tout à jeter ? Non, pas tout, justement. Sinon, je ne me serais pas fendue d’une critique. Dans les rares moments où l’émission assume totalement son concept de base (quotidien + reconstitution + démarcation de l’histoire-bataille ou de l’histoire-alcove des autres émissions) elle devient vraiment intéressante : quand elle montre les lieux conservés ou reconstitués, le village breton de Poul-Fetan, l’hospice de Baugé, la pharmacie du XVIIe (l’ensemble de la séquence sur la médecine et la chirurgie, si on oublie le passage obligé par le roi et sa thyphoïde, est plutôt bien), quand elle explique des choses mal connues du public, plutôt que de ressasser des évidences du programme de collège (le passage sur les glaces), quand elle use au mieux le principe de la reconstitution (usage d’un mousquet), l’émission montre un vrai espoir de renouveau pour l’histoire à la télévision. Encore faudrait-il réussir à s’y tenir et résister aux sirènes du glamour, laisser tomber les extraits de films (putain, si l’histoire étaient respectée dans les films ça se saurait !), et donner enfin la parole à une nouvelle génération d’historiens, et à une historiographie plus récente et plus aventureuse.

De toute façon, une émission qui déplait au Figaro, c’est sûrement qu’il y a quelque chose à en sauver.

PS : si vous voulez voir l’émission en replay, malheureusement le site d’M6 buggue (j’ai essayé pendant deux jours). Donc vive le streaming illégal. Ca leur apprendra à faire des sites de merde.

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#pasenmonnom

Je suis blanche, et je m’excuse pour le Ku Klux Klan #notinmyname

Je suis blonde aux yeux bleus, et je m’excuse pour le nazisme et les théories de l’aryanisme #notinmyname

Je suis omnivore, et je m’excuse pour les végétariens chiants #notinmyname

Je suis historienne de la révolution française, et je m’excuse pour l’invention de la guillotine #notinmyname

Je suis française, et je m’excuse de l’existence du FN  #notinmyname

Je suis d’extrême-gauche, et je m’excuse de la politique de droite du PS  #notinmyname

Je vote, et je m’excuse de l’élection de Sarkozy à la présidence en 2007  #notinmyname

Je suis une femme, et je m’excuse des hommes qui se grattent les couilles en public #notinmyname

J’ai des seins et de tétons, et je m’excuse des FEMEN  #notinmyname

Je suis obèse, et je m’excuse des troubles alimentaires #notinmyname

Je suis la petite fille d’un couple catholique, et je m’excuse de l’IRA #notinmyname

J’ai eu deux amies protestantes, et je m’excuse des marches orangistes en Irlande du Nord #notinmyname

Je suis athée, et je m’excuse des pubs anti-Jésus sur Time Square #notinmyname

J’ai un cerveau, et je refuse qu’on insulte et humilie les musulmans en leur demandant de s’excuser pour l’islamisme  #pasenmonnom

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Le Point Godwin Révolution Française

Le Point Godwin, vous connaissez ? «Loi» du web théorisée par un Monsieur Godwin qui énonce que « plus une discussion en ligne dure longtemps, plus la probabilité d’y trouver une comparaison impliquant les nazis ou Adolf Hitler s’approche de 1 ». Loi universellement vérifiée dans les commentaires du Fig, d’Orange et sur n’importe quel forum ayant jamais été ouvert sur internet.

original

Mais la notion de Point Godwin peut être élargie : l’idée d’une comparaison godwinienne, c’est de pousser la comparaison à son maximum pour que l’interlocuteur ou les partisans ne puissent aller plus loin dans l’escalade comparative. Et un truc très à la mode en ce moment (crise/s oblige/nt), c’est la comparaison de tout, du chien, de son coiffeur et de la pointure du capitaine, avec la Révolution Française. Depuis hier, c’est même carrément un festival.

J’ai juste envie de m’amuser un peu en en relevant quelques exemples juteux de ces trois derniers mois. Hop c’est parti !

Les sans-dents. Valérie, qu’as-tu fait-là ? Malheureuse !

Les sans-dents, sans-têtes, sans-culottes, mais ils mâchent de la brioche.

godwin

Et une petite favorite personnelle :

marseillaise

Le bel art du calembour miteux se perd.

 

Réponse immédiate des réacs : rah rah ! Nous z’aussi on peut brandir le Point Godwin RF !

marianne
Et toc ! une Marianne, et tac ! 2 Marianne ! Vous l’avez pas vu venir celle-là, hein ?

Hum… si…

phrygiennes phrygiennes Marianne-anti-mariage-pour-tous 2013
Les « phrygiennes » de la Manif Pour Tous.
Mention spéciale au Rose Bébé :
manif-tous-bonnet-avril-2013
Bon il y a quand même le grincheux Sévillia
qui est un peu contre ce clash historique.
(donotlink parce que c’est sur Boulevard Voltaire, site kipik)

Accordons à nous #sansdents réacs d’avoir osé mettre la Marianne en bleu pour bien montrer qu’ils sont des vrais révoltés. Peuvent pas plaire à tout le monde pourtant :

confusionC’est vrai que c’t’ennnuyeux…
surtout après avoir guillotiné un roi débonnaire

débonnaire
Peuple que de FB, n’oublie jamais que le monde entier peut profiter de tes gentilles pensées postées en public sur des pages publiques…

Ainsi gronde la la révolutionla révolte… sont pas sûrs en fait… Mais ça aura du mordant, c’est sûr :

incisive

Après tout, ils ont des slogans à la belle poésie révolutionnaire… non rien.

slogan

L’important, c’est d’avoir les bonnes références. Enfin… presque.

blop

 

Edit : Les sansdents de gauches existent aussi, et ils ont aussi leurs références révolutionnaires… dans le désordre. (ici)

sansdentsoctobre

Hum… oui, une image qui copie une gravure des journées d’octobre 1789 (pourquoi prendre l’original quand on peut avoir la copie ?).  Et ?

enragés

Et les Enragés. Ah. Sauf que sauf que. Sauf qu’en 1789, les Enragés n’existent pas encore. Ils apparaissent plus ou moins vers 1792. Comment ça je chipote ? Comment ça dans un Point Godwin RF, la Révolution est un tout, un gloubiboulga sans forme ? Mais non, mais quelle idée ?

 

Discours officiels

Mais soyons honnêtes : peut-on leur jeter la pierre du Godwin, quand ils ont de si belles inspirations au sommet de l’état ?

ps

Il faut néanmoins admirer le talent de celui/celle qui sait rebondir sur un Point Godwin RF. Être con comme un ballon, c’est un art.
double godwin

Il ne faut pas s’étonner que leurs adversaires syndicalistes leur répondent sur le même ton (ici). La « lettre de cachet éducative », je suis fan :

lettre de cachet

 

Les Multirécidivistes

Il devient difficile de suivre les dérives Godwin RF d’Atlantico depuis la mise en place de leur nouvelle politique d’abonnement, mais ils restent les champions incontestés de la matière. Quatre exemples parus depuis juin (!!) suffisent à le prouver.

Démission = Révolution ? Révolution = Démission ? On s’y perd. (ici)

Antlantico

En tous cas, c’est certain maintenant, on est en 1788. Ca fait 30 ans qu’on y est, on y est bien, on y reste.  (ici)

atlantico 1

Que voulez-vous, le pays est irrémédiablement jacobin, pas comme les beaux pays scandinaves (qui n’ont jamais connu de révolte, pfff quelle idée saugrenue). (ici)

Atlantico 2 Mais rassure-toi, peuple de France, il n’a pas vraiment de Révolution en vue. Ils s’agitent dans leur bocal à coup de Point Godwin RF pour rien. On se demande pourquoi ils ont une rubrique qui s’intitule sobrement « Enfilez vos bonnets ». (ici)

Atlantico 3

Un petit tour sur Atlantico ne serait pas complet sans un rapide passage dans les commentaires où cette Révolution, on l’attend, elle vient, et on sait qui la fera. (Elle a un nom qui fleure bon la brise d’un port à l’heure de la marée.)

commentaire atlantico 1 commentaire Atlantico 2

 

Le classique 

Je suis tombé par terre, c’est la faute à Robespierre, le nez dans le ruisseau, c’est la faute à Rousseau. Par contre, récupérer l’essence d’un Robespierre, d’un point de vue technique, ça demande du boulot. Et pas sûr que ça sente l’essence de rose. (ici)

Robie

 

Les Femen

Les Femen, tricoteuses pour le Figaro. C’est vrai qu’une petite laine pour l’hiver pour des femmes qui militent à moitié nues, ça peut éviter le chat dans la gorge. (ici)

tricoteuses

 

Le Godwin RF involontaire

Et nous le devons à BHL. Forcément. (ici)

involontaire

Aaaaahhhhh….. C’est beau.

 

Si vous avez d’autres exemples récents, je suis preneuse, pour compléter ce florilège.

Edit : Je poste, et même pas 5 minutes après, j’en trouve un nouveau, c’est magique. Et encore une fois, la faute à Robespierre Valérie Trierweiller (ici) :

guillotine

 

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Végéta

2050. Le monde est loin d’être parfait. Les guerres font toujours rage. La montée de l’extrême-droite ne s’est pas arrêtée. Mais une cause a gagné : celle des animaux. Le monde est devenu végétarien. Ou plutôt végétalien.

On ne peut plus produire de viande ni de poisson pour la consommation. Humains, chats, chiens, ils sont tous devenu végans. La possession d’animaux de compagnie autre que ces deux races ainsi ayant été interdites, ainsi que les zoos, les problèmes d’alimentation des espèces carnivores ne se posent plus. La disparition des zoos a accéléré la disparition de plusieurs espèces carnivores en danger d’éradication, comme l’ours blanc, mais le problème était insoluble. La chasse est interdite, la possession d’un animal en vue de le transformer en nourriture est punie de graves amendes. Il n’existe plus d’abattoirs industriels, ni d’ateliers de transformation de la viande.

Il a fallu régler le problème des espèces animales non sauvages, comme les ovins et les bovins. Plusieurs aspects ont dû être étudiés. En premier lieu, le contrôle des populations. Une fois l’abattage interdit, dans les premiers temps, il fut difficile de contrôler une si importante population animale. Il fallait en même temps améliorer leurs conditions d’élevage, augmenter les capacités des enclos pour accueillir les bêtes non abattues, tout en payant du personnel pour s’occuper de ces entreprises qui ne produisaient aucun biens. Ces différentes mesures fort coûteuses furent en premier lieu compensées par une augmentation d’impôts. Il fallut cependant se résoudre à mettre en place des politique d’abattage de contrôle et de stérilisation de masse pour éviter la croissance exponentielle de la population. Il fallait éviter de reproduire la terrible expérience des lapins en Australie au XIXe siècle. 80% de la population bovine et ovine, par exemple, dut être stérilisée.

La question du lait fut l’objet de nombreux et houleux débats. Outre que les entreprises de production laitière n’étaient souvent pas meilleures que les terribles entreprises d’élevage et d’abattage qui venaient d’être interdites, le problème du contrôle de la population était incompatible avec le moyens de production laitiers. Ceux-ci furent finalement interdits, malgré les nombreuses protestations des producteurs de fromages. Le métier disparut.

Le chômage dans les filières agro-alimentaires augmenta. On essaya de rassembler fermes de protection animale et fermes agraires, mais les bénéfices des unes ne couvraient pas les frais de gestion et de personnel des autres. Les impôts furent maintenus, les aides des états et de l’Europe explosèrent.

La production de cuir fut aussi stoppée. Tout comme une bonne partie de la production de laine : en Australie et en Nouvelle Zélande, l’importance de l’élevage ovin avait un impact sur l’habitat des espèces autochtones, voire des massacres.  Suite à un énième massacre de kangourous, seuls les élevages familiaux de moins de 20 bêtes furent permis dans ces pays, qui procuraient une grande partie de la production lainière mondiale.

Des filières de contrebandes de viandes animales furent créées pour une demande toujours plus grandes. Les prix sont élevés. La meilleure viande vient d’Amérique du Sud, et les morceaux de moindre qualité de Chine où ils sont produits dans des conditions atroces, encore pires que celles que les nouvelles lois ont fait interdire. C’est un plaisir de riches.

La problématique de la gestion des terres arables n’est toujours pas réglée en 2050. Une bonne partie du problème résidait dans l’élevage intensif et les législateurs pensaient que supprimer un problème entraînerait la disparition de l’autre. Ce ne fut pas le cas. En premier lieu car le problème de l’élevage intensif ne disparut pas. Les élevages étaient toujours présents, même si contrôlés, et plus destinés à l’alimentation. La décision de les réduire drastiquement n’avait pas encore été prise. Par ailleurs, la disparition de la viande poussa à intensifier la production céréalière et légumière. La surproduction et le gaspillage ne furent pas réglés. Pas plus que la répartition des richesses et des ressources.

*****

Aujourd’hui, je me suis fait insulter parce que j’ai dit que je haïssais l’idéologie végétarienne que je trouvais absurde, irréaliste, et infantile. Je persiste. Mon scénario est extrême au possible, mais relativement réaliste.

Il y a pas mal de gens végétariens juste par conviction personnelle. Malheureusement, la majorité de ceux que j’ai rencontrés ont essayé de m’obliger à l’être, en me culpabilisant notamment sur mon physique, et non sur mon possible impact sur la planète ou les animaux (errrr ???). Dernière réponse en date, donc : « mes analyses de sang sont parfaites, et je suis végétarien depuis plus de vingt ans [les miennes aussi, sans blague](…) Méchanceté gratuite pour méchanceté gratuite, je te souhaite de soigner ton surpoids en mangeant des légumes et des fruits. A défaut de soigner ta connerie.« 

Contrairement à beaucoup de gens, et contrairement à beaucoup de végétariens militants, j’ai réfléchi aux conséquences d’un végétarianisme universel (en dehors du fait qu’on ne poussera jamais la population mondiale à abandonner la viande). Et je ne suis pas convaincue. Absolument pas.

Oui, l’élevage et l’abattage animal sont une cause très très TRÈS importante, et il faut lutter contre ses abus dégueulasses. Mais il faut le faire en étant responsables. La viande fait partie de l’alimentation humaine. Ce n’est pas une idéologie, c’est un fait biologique. Nous sommes omnivores. Nous pouvons manger de tout, parce que nous devons manger de tout. Le végétarianisme est un choix de vie. Être omnivore est biologique, être végétarien est idéologique. Et pas le contraire. Je n’oblige personne à manger de la viande, je ne milite pas pour la viande. Et même cet article ne milite pas pour la viande. La viande n’a pas besoin qu’on milite pour elle.

En France, sur 67 millions d’habitants, 1 millions sont végétariens. C’est énorme, et c’est très peu. Ce qu’il faut retenir c’est que 66 millions de personnes mangent de la viande toutes les semaines. Qu’ils mangent de la viande venant d’abattoirs et d’élevages dégueulasses. Leur dire d’arrêter la viande ne leur fera pas arrêter la viande. Ça ne marchera pas. Ce qu’il faut, pour lutter contre cette situation immonde, c’est responsabiliser les mangeurs de viandes. Et être réalistes.

Ne pas manger des animaux par respect pour la vie, c’est admirable, et je pèse mes mots. Mais je pèse tout autant mes mots en disant que l’idéologie végétarienne, l’idéologie politique du « tous végétarien », est absurde, irréaliste, et infantile. Ça ne marchera pas. C’est contre-productif. La culpabilisation ne marche pas. La responsabilisation, oui.

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Ceci est un article énervé, épargnez-vous et épargnez-moi les coms.

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We need to talk about Rémi

Rémi Gaillard, paix à ce qu’il lui restait d’âme, vient de commettre une réponse à ces détracteurs, et si certains pouvaient encore douter de la violence de sa misogynie (et de sa violence tout court) suite à la vidéo, son texte, très court, ne laisse que peu de doutes, lui. Car sa violence gît là où il se croit le plus grand seigneur.

Son texte commence par la mention de deux femmes (Audrey Pulvar et Roselyne Bachelot) qui le dénoncent avec une extrême virulence et se termine par un lien qu’il utilise pour les dénoncer à leur tour, avec non moins de virulence. Sauf que ce lien, n’est pas n’importe quel lien. Ce qu’il choisit de balancer à la gueule de deux femmes qui dénoncent une violence commise sur les femmes, c’est un lien vers le site gouvernemental sur la violence commise contre les femmes, en suggérant qu’elles feraient moins d’audiences avec ce lien qu’avec lui.

Faisons une pause un instant pour réfléchir à ce que cela signifie de balancer à la tête d’une femme, dans le plus pur style mansplainer-je-vais-t’expliquer-la-vie-poulette, que vous allez lui apprendre ce qu’est la vraie violence faite aux femmes. Récemment, suite à de longues discussions avec une amie qui m’expliquait qu’elle avait violée dans le passé, je me suis mise à réfléchir aux femmes de mon entourage, savoir combien avaient été victimes de violences plus ou moins sexuelles. De ma grand-mère, obligée de remonter sa jupe sur ses hanches, pour se trainer à genoux sur le sol de l’église, en pénitence, sous le regard du curé, à l’âge de neuf ans, à la copine de 12 ans qui nous raconte sa première visite chez le gynéco suite à l’apparition de ses règles où il l’a fait se mettre entièrement nue sans aucune raison sous les yeux affectueux de sa maman qui n’y trouva rien à redire ; de la lycéenne qui se fait humilier devant tout le foyer des élèves par sa meilleure amie qui explique d’une voix forte que son copain a eu bien raison de la larguer parce que franchement elle aurait au moins pu faire l’effort d’une petite pipe, à l’autre adolescente qui te raconte comment elle a évacué sa première fois à 13 ans comme d’autres font un curetage, parce que c’est ignoble, mais qu’il faut bien passer à la caisse un jour, alors autant se débarrasser vite du problème (10 ans de galères sexuelles firent suite, avant qu’elle ne trouve enfin un équilibre, et je suis toujours aussi surprise qu’elle n’ait pas chopé le Sida ni joué dans un porno) ; des récits de premières fois tous plus apocalyptiques les uns que les autres à ma propre agression à 15 ans dont j’ai mis 17 ans à réussir à parler.

Dans ce défilé ininterrompu de femmes, je n’ose même pas inclure les agressions verbales dans la rue et les transports en commun — ou comment les hommes se sentent en droit de demander une pipe à mon collant à chaque fois qu’il est de sortie — parce que je ne pourrais plus, alors, trouver une seule femme qui n’ai pas subi une violence. Si je fais les comptes, il me reste deux survivantes à la fin du jeu, et l’une est ma mère, je ne suis peut-être pas objective sur son vécu.

Peut-on envisager une seconde que Pulvar et Bachelot aient pu subir des violences sexuelles dans leurs vies ? Peut-on envisager que Bachelot, ancienne ministre, a eu plus que son quota de réflexions misogynes dans notre belle Assemblée, et d’attaques mille fois plus violentes sur Twitter ? D’autant plus violentes qu’elle n’est pas reine de beauté, et que contrairement à une idée reçue, les femmes grosses ou laides reçoivent beaucoup plus de suggestions de se prendre une bite à sec dans le cul pour avoir la chance se faire baiser malgré leurs désavantages physiques que les femmes belles. Peut-on envisager que la relation de Pulvar avec Montebourg a lâché les chiens de l’humour gras sale et malsain sur internet pendant des mois, qui se sont aussi delectés du fait qu’elle soit noire ? (Ah l’humour sexuel des racistes, puits sans fond d’ignominie…) Peut-on envisager, ne serait-ce qu’une toute petite seconde que ces femmes ont aussi une vie en dehors des spotlights, une histoire personnelle qu’elles ne trahiront peut-être jamais, et que dans cette histoire, il pourrait y avoir n’importe quoi, des agressions, des viols, des coups…?

Comment se fait-il que le premier réflexe quand on parle d’une femme, c’est d’imaginer qu’elle n’a pas d’histoire ? Un viol toutes le 8 minutes. Une femme tuée par son compagnon toutes les 10 minutes. Un enfant sur 10 victime de violence physiques et/ou sexuelles. Comment se fait-il qu’on puisse ne pas avoir le réflexe de penser qu’une femme a forcément une histoire de violence sexuelle derrière elle ?

Alors comment, dans ce cas-là, peut-on oser balancer à la gueule d’une femme, tu ne sais pas ce qu’est la vraie violence qu’on peut te faire, mais moi mâle galant s’il en est, je le sais pour toi ?

Et pour défendre son argumentation je-sais-tout, Saint Gaillard a des arguments qui font parfois froid dans le dos.

100% des femmes qui apparaissent sur la vidéo ont accepté d’y être incluses. Et 100% de celles qui ont refusé ne le sont pas. Car 100% des femmes qui ont refusé n’ont plus droit à l’argumentation, ni même à l’existence, dans le discours de Rémi Gaillard. Car les pas cool, les cul-serrés, celles qui n’ont pas d’humour, comme par hasard, deviennent quantités négligeables. En ligne avec la pensée générale. Bonjour, je m’appelle Rémi Gaillard, je fais de millions de vues sur YouTube, tu veux être vue en train de me faire un fellation optique par ton employeur, ton père et tes gosses, pendant que la crème de la crème d’internet viendra brailler « deep throat ! » dans les commentaires ? Allez, il a dû recevoir un sacré paquet de non, et vous ne le saurez jamais. Et surtout si 100% des femmes ont dit oui, j’en conclu que 100% des hommes ont dit non, et que ce policier dont Gaillard ne montre pas le visage parce qu’il n’en a pas le droit, se fait virtuellement agressé devant la France entière sans sa permission. Si Gaillard ne l’utilisait pas quelques lignes plus loin pour monter une argumentation fallacieuse sur le deux poids deux mesures entre les agressions sexuelles faites aux femmes et celles faites aux hommes, ce ne serait pas aussi sale. NON, CE N’EST PAS MOINS GRAVE PARCE QUE C’EST UN HOMME. Bien au contraire. Parlons de cette violence faite à un homme moqué par Remi Gaillard parce que traité comme une vulgaire actrice porno. Parlons de cette petite blagounette sur le fait qu’il faut rire de voir un homme s’en prendre une dans le cul comme une gonzesse, mais que c’est drôle : homophobie, ton nom est Rémi.

Et que dire de cette très fière revendication sur le fait que la vidéo a été débloquée pour les mineurs par YouTube (ahem, what ?). Rémi as-tu des filles de moins de 15 ans ? Rémi si tu avais des filles de moins de 15 ans, les mettrais-tu devant ta vidéo ? Je serais sincèrement curieuse de connaître sa réponse à ce sujet. Aurait-il envie que sa fille apprenne par l’exemple de son père, que la bouche d’une femme sert à faire des pipes (combien de pères qui aiment se faire faire des pipes acceptent l’idée que leur fille puisse en prodiguer elle-même ?), qu’une femme ça se prend uniquement par derrière, levrette ou sodomie, et par surprise, que la position d’une femme en amour c’est baissée, à genoux, en dessous, alors que celle de l’homme est la posture du conquérant, toujours debout, que l’homme jouit et la femme subit ? Je ne voudrais pas être la fille de Rémi Gaillard.

***

Très sincèrement, dans un premier temps, j’ai cru que Gaillard se rétracterait. Ferait des excuses. Voilà un type qui assume d’être un con qui fait n’importe quoi. Et pour une fois qu’il faisait vraiment n’importe quoi, comme un con, je me suis dit qu’il avait un fond de réflexion intellectuelle sur la question. Admettre qu’on fait n’importe quoi, c’est admettre qu’on a une capacité de jugement assez évoluée pour comprendre ce qu’est le n’importe quoi. Or,voilà que notre homme des bois non seulement revendique fièrement ses actes, mais essaie aussi de démontrer que ce n’est pas n’importe : regardez, j’ai des preuves, les filles sont d’accord, les gens aiment, et j’ai la caution YouTube. Au milieu de son n’importe quoi, la seule chose que Gaillard revendique comme n’étant pas n’importe quoi, c’est celle dont des dizaines et des dizaines de femmes ont dit qu’elles la prenaient comme une claque dans la gueule et qui incite au viol.

Ah mais non, attendez, les images n’incitent pas, mensonges ! Je pourrais vous sortir l’argument du porno, et les dizaines d’études qui prouvent que le porno poussent à l’imitation. Mais j’ai mieux, et les fans de Gaillard devraient y retrouver leur petits.

Jackass.

J’ai connu des ados, par ailleurs très très intelligents (sont aujourd’hui ingénieurs), qui a la grande époque de Jackass ont volé un caddy de supermarché pour allé jouer dans la forêt en pente derrière chez eux. Tu te mets dans le chariot, tes copains te poussent, puis tu finis ta course à pleine vitesse dans un arbre. Il ne sont pas brisé le cou. Par contre leur pote qui a essayé la même blague avec son VTT, lui il est mort, merci pour lui. Et vous savez le plus drôle de l’histoire ? Ça ne les a même pas arrêté.

L’un des arguments de ceux qui sont convaincus que les images ne poussent pas les gens à les reproduire, c’est que les gens sont trop intelligents pour le faire. Ce qui suppose déjà que les gens qui regardent ce genre de vidéos sont forcément tous intelligents. Mouarf. Passons. Mais par ailleurs, être intelligent ne suppose pas qu’on n’est pas influençable. Je suis très intelligente, merci, mais je suis aussi très influençable, encore merci. Et en avoir conscience et lutter contre, ne veux pas non plus dire qu’on est capable de le combattre complètement. Si c’était facile, la propagande ne marcherait pas. Et être intelligent ne veux pas non plus dire que l’on soit imperméable à la tentation du vide, de l’abîme, la tentation du mal. Bien au contraire.

Alors non, il est presque certain que la vidéo de Gaillard ne poussera pas des hommes à violer des femmes, dans la rue, mais la majorité des femmes se font violer chez elles, par leur moitié, leur père, leur frère, leur cousin, l’ami de la famille, et peut-être bien qu’un ou deux connards trouveront la badass attitude de Gaillard, conquérant aux mimiques sexuelles surjouées, trop cool, et voudront la reproduire sur leur moitié, sans son accord. Parce que 100% des femmes qui ne sont pas d’accord sont passées sous silence.

Par contre, ce qui est presque certain, c’est que Gaillard va libérer encore un autre verrou du harcèlement de rue, le je-te-mime-baisable-t’es-pas-contente-grosse-pute. Non je ne suis pas contente. Je n’ai pas envie qu’un inconnu m’estampille baisable dans l’espace public à coup de reins sous prétexte qu’un pauvre type lui a dit sur internet que c’était ça la « joie de vivre ».

Il n’y avait pas de déshonneur à reconnaître que tu avais fait n’importe quoi, Rémi. Il n’y a jamais de déshonneur à reconnaître qu’on a fait une connerie. Mais Rémi Gaillard n’a pas d’honneur : il fera n’importe quoi jusqu’au bout.

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Genrée

Jusqu’à l’âge de 15 ans, je voulais être un garçon.

Quand je repense à mon adolescence, c’est la première chose à laquelle je pense. Je me souviens que mes copines ont commencé à se maquiller vers 11-12 ans, en douce, comme ça se fait à cet âge-là, et qu’elle parlait du jour où elles auraient leurs règles comme on parlerait d’un rite de passage massaï, avec un lion, une blessure mythique et une reconnaissance pleine de déférence de la part des adultes. Je n’ai pas commencé le maquillage avant mes 15 ans, et on va dire que jusqu’à mes 20 ans, je n’ai même pas compris comment ça fonctionnait. Un peu comme ma mère avec la souris de l’ordinateur (« mais arrête de la tenir comme si c’était une mygale ! »). Mes règles, je ne les attendais que parce que ça me rendrait enfin normale, comme les autres. Ma famille parlait de passage de Rubicon. Oui, « devenir une femme », ça se situait entre le rite initiatique tribal et un épisode de la Guerre des Gaules. Quand je les ai eues, j’étais tellement peu au courant que je n’ai pas compris, j’ai cru qu’il m’arrivait un truc terrible, que j’étais malade, que j’allais mourir. Je l’ai caché pendant deux jours. On ne peut pas dire que je n’étais pas informée sur le sujet. Mais j’étais dans le rejet total.

On peut difficilement trouver quelqu’un qui ait été plus que moi élevé dans des stéréotypes genrés, et je me suis construite dans cette incapacité à les intégrer.

J’étais une petite fille en rose. Des vêtements roses, des robes à smocks, des cheveux longs, très longs, des poupées, plein de poupées, de la danse classique en tutu rose. Je me souviens d’avoir rejeté le rose et les smocks en grandissant. Ma mère : « oh non, c’est arriver très tôt. Les smocks, tu les as rejetés dès le début. Et le rose, presque pareil. » Ça ne l’a pas empêché de m’habiller comme ça jusqu’à mes 8 ou 9 ans. Je rechignais, mais je me laissais faire. Je n’étais pas un garçon manqué. J’avais trouvé un dérivatif à mes contradictions : j’avais un grand frère. Lui aussi était un parfait stéréotype de genre, les chevaliers, les vaisseaux spatiaux, les flingues, les BD. Je rentrais dans sa chambre en son absence, volais ses comics, jouais avec ses Playmobil, détruisais ses constructions Lego (si je ne pouvais pas y jouer, lui non plus). Quand on me demandait ce que je voudrais être quand je grandirai, je répondais « danseuses étoile » et pensais « mon grand frère ». Je vivais par procuration.

Dans mes propres jeux, je construisais deux univers : quand je jouais avec des amies, il y avait des princesses, des fées, des sirènes, des familles, on jouait au papa et à la maman, je connaissais tous les codes par coeur. Quand je jouais seule, je construisais des histoires plus violentes, policiers, voleurs, kidnappeurs, j’étais journaliste ou agent-secret-comme-dans-la-télé, j’étais un agent de l’Agence Tout Risque. Je savais aussi à qui appartenaient ces codes. J’avais bien intégré les stéréotypes genrés, ce qu’on attendait de moi, et ce qu’on ne voulait pas de moi, et je savais que naviguer entre les deux, c’était mal, qu’il fallait garder le secret. Il faut aussi dire qu’à l’époque, je trouvais que le Capitaine Kirk et le Docteur spock faisaient un joli couple, et j’organisais des orgies lesbiennes pour mes Barbies. Pour mon identité sexuée comme sexuelle, je naviguais entre deux pôles. J’étais en porte-à-faux avec tout ce que l’on attendait de moi en tant que fille. Avec le temps, garder mes deux vies séparées est devenu difficile.

A 11 ans, j’ai réclamé des cheveux courts. « Oh oui, le carré, ça t’ira bien ». Non non, des cheveux courts. Courts ! Comme un garçon ! J’ai dû me battre pendant des mois avec ma mère pour l’obtenir. Chez le coiffeur, ils s’y sont mis à deux, pour essayer de me convaincre de ne pas le faire, pendant que ma mère commentait  le combat derrière, d’un air goguenard, « c’est une de ses lubies, vous n’y arriverez pas ». L’apprentie coiffeuse me montrait des hauteurs de cheveux aux épaules, aux oreilles, « tu ne veux pas plutôt qu’on coupe là ? Tu seras tellement jolie ». Je répondais d’un air agacé que je voulais des cheveux courts comme un garçon. Ils n’ont cédé que quand j’ai commencé à pleurer. « Oh bah ça te va drôlement bien, en fin de compte. »

Ca n’a pas changé grand-chose. En fait, ce fut même pire, par certains côtés. Je rentrais dans la puberté, et je me coupais les cheveux. Il y avait de quoi discuter avec moi sur le sujet. La seule personne qui a fait le lien entre les deux, c’est mon grand-père paternel : oh ça m’allait bien les cheveux court, j’étais très bien comme ça, et puis comme je n’étais pas encore formée, ça allait bien, ça me faisait un look androgyne. Mais évidemment, les vraies femmes, ce sont les femmes aux cheveux longs comme ma grand-mère. Oui oui, tout dans la même phrase. J’aurais été un garçon, on aurait parlé de castration psychologique. Bizarrement, l’équivalent n’existe pas chez les filles.

C’est ce jour-là que j’ai compris deux choses. Je n’étais pas une « vraie » femme, et ça tombait bien : je détestais ce que représentait être une femme.

Être une femme, c’était très limité. Il fallait être belle, je ne l’étais pas. Il fallait être formée, je ne l’ai été qu’à 14 ans quand toutes mes copines avaient des obus sous leurs pulls dès 13, voire 12 ans. Il fallait aimer les trucs de filles, j’avais passer mon enfance à les détester. Il fallait avoir un instinct de fille, développer un savoir féminin « inné » (se maquiller, comprendre les garçons, marcher d’une certaine manière…), quand le seul truc inné chez moi, c’était de dissimuler ce que j’aimais. Il fallait rêver de se marier et d’avoir des enfants, « oh oui, j’en veux SIX », peut-être que si je dis que j’en veux plein, je donnerais l’impression que c’est le VRAI RÊVE DE MA VIE. Il fallait accepter d’avoir un boulot moins bien payé que les hommes (et croyez-moi, les filles des années 90 de ma province pourrie avaient intégré la notion comme tout à fait normale, puisque de toute façon, elles auraient un mari qui serait bien payé pour deux : le salaire d’appoint, c’est une notion bien implantée dans l’imaginaire collectif). Il fallait trouver normal les pubs de femmes nues, les réflexions misogynes ou paternalistes permanentes, les mains aux fesses dans le tram,…

Mon adolescence, c’est la période du grand replis. Si je ne suis pas une fille — et tout prouve que je ne suis pas une fille — et que je ne peux pas être un garçon, alors je ne serais rien. J’ai adopté le look androgyne, pantalon T-shirt, ne ressembler à rien, à aucun code. J’ai commencé à détester mon corps, et à me détester moi, pour n’être pas normale.

A quinze ans, j’ai pris le chemin inverse, je voulais enfin être normale, je voulais arrêter de me détester, je voulais que les autres arrêtent de me regarder comme la fille bizarre au fond de la classe. J’ai voulu me conformer à ce qu’on attendait de moi depuis 15 ans. Si quelqu’un avait tort dans cette bataille, c’était forcément moi. J’ai essayé l’hypersexualisation, les robes, le maquillage, le comportement « féminisé ». Ca c’est arrêté très vite. Quand j’ai subis des attouchements sexuels (et peut-être un viol, je n’en sais rien, j’ai refoulé la moitié de ce qui s’est passé cette nuit-là). J’ai mis dix-sept ans à me dire que je ne l’avais pas cherché. Et même encore aujourd’hui, que je sais vraiment que je ne l’avais pas cherché, il y a toujours cette voix dans un coin de ma tête qui me dit « mais si, bien sûr que si, tu avais le comportement de celle qui cherche ». Parce qu’être une femme, c’est chercher les emmerdes. C’est un des codes qu’on apprend quand on est une petite-fille.

***

Aujourd’hui, je suis tombée sur le petit manuel de l’anti-gender, celui que la Manif pour tous distribue à ses petits soldats en rose et bleu, pour qu’ils sachent répondre aux journalistes (quand on parle à la place de ton cerveau, gars, inquiète-toi !). Comme tous les discours d’extrême-droite, c’est un manuel de langue de bois pour tordre les les phrases de manière à dire les horreurs que l’on pense tout en faisant croire que c’est l’adversaire qui pense ces horreurs. Mais leur auteur n’est pas si doué (outres des fautes de langue à se jeter par la fenêtre) : c’est maladroit au mieux, et clairement psychanalytique. Ils arrivent à dire ce qu’ils pensent inconsciemment à travers leurs tournures tordues.

Une phrase en particulier, m’a frappée :

« Déconstruire les stéréotypes pour éviter à un enfant d’être conditionné, c’est comme si vous supprimiez l’alimentation d’un enfant de peur de l’empoisonner. »

La comparaison à la nourriture, quand on sait combien les troubles alimentaires graves chez les filles (dont moi) se sont multipliés de façon dramatiques depuis 30 ans, est fascinante. Mais là où c’est vraiment extraordinaire, c’est la reconnaissance implicite que les stéréotypes sont un poison, et qu’il faudrait faire avec parce que de toute façon, ils sont le carburant de notre personnalité.

Oui, les stéréotypes sont un poison. Le problème n’est pas tant qu’ils conditionnent les enfants mais qu’ils détruisent ce qu’ils sont, leur personnalité propre. Personne ne ressemble naturellement aux stéréotypes, mais tout le monde essaye de s’y conformer, non pas parce qu’on y trouve un moyen de nourir notre personnalité, mais parce qu’on pense y trouver le moyen de ressembler à ce que la société attend de nous pour être normal. Les stéréotypes sont un poison pour les enfants, comme pour les adultes qu’ils deviennent en grandissant, mais surtout un poison pour la société.

Le pire, c’est que les tenants de ce genre d’idées anti-gender ne se rendent même pas compte qu’ils sont en contradiction avec eux-mêmes et que leurs enfants vont en souffrir, parce qu’ils seront incapables de concilier le cadre stéréotypé qu’on leur aura inculqué et le comportement de leurs parents : parce qu’après tout, si ils expliquent qu’il faut respecter la différence entre « valeurs féminines  (maternité, sensibilité, attention à l’autre,…) » et « valeurs masculines (compétition, risque,…) », que font toutes ces femmes (et ces enfants !) dans les manifs, où elles prennent le risque d’affronter des policiers et des gazs lacrymogènes ? Que font toutes ces femmes à la tête de ces mouvements politisés (Frigide Bardot, Elizabeth Bourges,…), la politique étant un summum de compétitivité ? Comment expliquer que toutes ces femmes qui sont dans la sensibilité, la maternité, nient le droit d’autres personnes à avoir des enfants, à se marier, ou comment des femmes qui sont dans « l’attention à l’autre », laissent se développer les slogans racistes contre Taubira ?

Ca devrait me faire rire que les anti-gender poussent leurs contradictions jusque-là, mais ça ne m’amuse pas de savoir que leurs enfants seront plus déchirés que les autres entre leur rapport aux stéréotypes, et la complexité de la réalité.

***

Les stéréotypes de genre sont un poison. Un poison dont personnellement, je ne me remettrai jamais. Je ne me suis pas construite en fonction de ce que j’aurais pu être, mais par rapport aux stéréotypes avec lesquels j’ai bataillé toute ma vie. Je suis devenue féministe pour essayer d’apporter une réponse à ces contradictions et c’est la seule chose positive que j’en ai retiré ! Mais pour le reste, je suis un champ de bataille, et personne n’a gagné, sauf la dépression. Je suis dépourvue de la moindre estime personnelle, et de la moindre conviction dans mes capacités, parce qu’enfant, j’ai appris que je n’étais pas capable d’atteindre les objectifs fixés. C’est ça le poison de l’éducation genrée.

Je pense toujours qu’être un garçon, c’est mieux, non pas parce qu’il y aurait quelque chose de particulièrement génial à être un homme (bof), mais simplement parce que les garçons se construisent avec un horizon de possibles plus ouvert. Ils ne sont pas préservés des stéréotypes, loin s’en faut, mais les limites qu’on leur pose sont moins rigides. Et bien évidemment, cette vision un peu idyllique que je me suis construite de la vie des petits garçons est… totalement fausse ! Elle est, elle aussi, le fruit des stéréotypes qu’on m’a inculqués enfant. Se libérer à l’âge adulte des constructions mentales que l’on a forgées enfant est quasiment impossible. C’est ça, le poison de l’éducation genrée.

Je n’en veux pas à mes parents de m’avoir donné une éducation genrée (d’autant plus que la société a contribué à égalité). Ils ont été élevés comme ça, par des parents qui eux-mêmes, n’étaient pas toujours très progressistes (pour les parents de mon père, c’est un sacré euphémisme), même si ma grand-mère maternelle était elle-même bourrée de contradictions visibles sur le sujet (elle refusait de m’enseigner le crochet, son métier !, parce que c’était pas des trucs pour les femmes modernes). Mais je leur en veux de ne pas m’avoir écoutée, de ne pas avoir vu à quel point j’étais mal à l’aise avec cette éducation normée. De ne pas avoir vu que j’étais une enfant profondément malheureuse de ne pas réussir à ressembler à ce que l’on attendait de moi.

Le problème derrière la défense des stéréotypes de genre, c’est qu’elle oublie l’essentiel : l’enfant n’est pas une boite vide qu’il faut remplir. Il a une personnalité innée, que les stéréotypes acquis ne font que nier. C’est ça, le poison de l’éducation genrée.

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Démons & Merveilles : revue du web

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Via le FB de Georges Takei

– Un article de Newsweek sur le déclin de la France : superbe de bêtise néo-aristocratique et d’auto-satisfaction nouveau riche anglo-saxonne — mais pas vraiment celle de l’Angleterre qui galère. La France vue de la Rive Gauche, par une anglaise qui achète son demi-litre de lait 4$ dans les cuisines de Maxim’s, se plaint que la vie est dure depuis un appartement avec vue sur les Jardins du Luxembourg, n’a pas bien bien compris la rééducation du périnée (oooo myyyy…) et croit que la France était brain-drain suite à la Révocation de l’Edit de Nantes (on ne lui expliquera pas le XVIIIe, les Lumières, les philosophes, Rousseau, Voltaire, Diderot, D’Alembert, Lavoisier, toussa toussa : elle pourrait être gravement ébranlée de découvrir la vérité). Réactions ici, et .

Wounded Knee 1890-1973 en photos noir & blanc : superbe, et étrangement sobre en même temps.

– Christophe Barbier, fan de la censure Chinoise, c’est trop beau pour ne pas en (re)profiter :

– Un site de « dessin » complètement addictif et relaxant. Ne dites pas pfff ! avant d’avoir essayer, vous me direz merci après. En prime, ma version de la libellule : allez, c’est cadeau 🙂

Statistiques de fin d’année 2013 sur la France. Deux-trois trucs trucs surprenants : 2% d’hommes étudiants, contre 13% de femmes, les hommes plus concernés par la menace étrangère, etc.

– L’Odieux Connard, plus fin dans ce post politique que dans les autres (oui, politiquement, il est souvent d’aussi mauvaise foi que dans ses spoilers ciné). Néanmoins, il faudra qu’il s’enlève les morceaux de bacon qu’il porte sur les yeux en ce qui concerne la facilité des physiciens à faire accepter la science : sans même prendre la peine de lui expliquer l’emprise des créationnistes, j’aimerais lui faire découvrir les Bogdanov et la qualité d’emmerdement maximum qu’il procurent aux scientifiques français. Ne parlons même pas du champs des sciences humaines, miné par tout ce que le pouvoir médiatique compte de demeurés über-glamours.

– Lapsus formidablement révélateur de Bernard Kouchner : entre le Centrafrique et la Françafrique, non vraiment, on chipote. Le bon vieux temps des colonies, jamais loin, jamais fini :

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